Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/486

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
484
revue des deux mondes.

anglaise, l’armée allemande se heurtait aux mêmes difficultés ; l’allure du barrage roulant était donc réglée à l’avance suivant la vitesse de marche à laquelle on pouvait supposer que progresserait l’infanterie, d’après le terrain et ce que l’on connaissait des défenses ennemies. La vitesse moyenne était d’un kilomètre à l’heure, et, quand l’infanterie aurait atteint la portée extrême des pièces, elle devrait progresser sans autre appui d’artillerie que celui des quelques canons qui l’accompagnaient ; les divisions de première ligne devaient mener le combat pendant plusieurs jours, et les ordres prévoyaient que l’avance serait le premier jour de 8 kilomètres, le second de 12, le troisième de 20. Il faut constater que ces ordres ressemblent, d’une manière frappante, en ce qui concerne la progression, à ceux des États-majors français en 1917 ; mais la différence capitale est dans la préparation qui, au lieu d’essayer des destructions systématiques et minutieuses, demandant plusieurs jours de tirs bien réglés, se contente d’un martelage violent et brutal et se fie à l’effet de gaz toxiques pour neutraliser les batteries et enfermer les hommes dans leurs abris. Cette méthode comporte un certain risque, car il arrivera forcément que des parties assez importantes de la ligne ennemie resteront en état de se défendre et d’arrêter la progression. Il faut donc que l’attaque se prononce sur un front très étendu pour qu’elle puisse submerger les résistances ; qu’elle dispose de moyens extrêmement puissants, capables de produire en quelques heures des effets de destruction permettant à l’infanterie de passer.


Toutes ces conditions étaient réunies le 21 mars, lorsque, à quatre heures du matin, l’artillerie allemande ouvrit le feu sur un front de 70 kilomètres, entre Croisilles et la Fère.

Des déserteurs avaient prévenu la 5e armée anglaise du jour et de l’heure de l’attaque. Aussi le général Gough avait-il commencé le feu dès la veille sur Saint-Quentin, sans amener la riposte de l’artillerie allemande qui se ménageait. À 9 heures du matin, l’attaque d’infanterie sortait des tranchées, protégée par un brouillard épais qui dura jusque dans l’après-midi. À droite, devant la 3e armée Byng, la XVIIe armée von Below enleva la première position, mais fut arrêtée devant la deuxième, son barrage roulant ayant continué son avance que