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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/477

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la liberté! Confédérés ou non, les syndicats ont leur place dans la nation; ils ne peuvent prétendre à confisquer la nation.

Dans cette série de grèves à répétition ou à rebondissement, le devoir du gouvernement était tout tracé : avant tout, maintenir l’ordre et faire respecter la loi ; garantir le libre travail des volontaires qui se sont offerts ou sont encore disposés à s’offrir pour assurer, soit les transports en commun, soit tous autres services nécessaires à la vie sociale; réprimer avec fermeté les actes délictueux ; se tenir à égale distance de la violence et de la faiblesse ; donner à tous l’exemple de la justice, du calme et de l’énergie.

M. Millerand s’est acquitté avec bonheur de cette tâche essentielle. Les événements ne l’ont ni surpris ni troublé. Une de ses meilleures qualités est d’avoir la tête froide. Il ne connaît ni les caprices ni les coups de nerfs. Sa politique est faite, en général, de bon sens, de jugement droit et de robuste santé. Forces qui l’ont utilement soutenu au milieu des difficultés intérieures, comme à San Remo, dans la direction des affaires étrangères, elles l’avaient déjà sauvé des écueils les plus redoutables. Jamais plus qu’aujourd’hui il n’aura eu besoin, au dedans et au dehors, de ces précieux moyens d’action.

C’est beaucoup que, dans les dernières conférences diplomatiques, M. Millerand ait ramené le gouvernement britannique à une appréciation plus équitable du rôle de la France et de la Belgique dans l’occupation de Francfort. Mais, à quelque date qu’ait lieu la réunion de Spa, le Président du Conseil français n’y aura pas trop de toutes ses ressources d’esprit et de caractère pour empêcher qu’elle ne tourne à notre détriment. Dans le discours qu’il a prononcé, il y a quelques jours, à la Conférence internationale parlementaire du commerce, présidée par M. Charles Chaumet, M. Millerand a montré qu’il distinguait clairement le but à atteindre et les obstacles à éviter. Il a rappelé le mot que prononçait, avec tant d’à-propos, le roi Albert : « L’entr’aide, si nécessaire pendant la guerre, peut seule sauvegarder les fruits chèrement payés de la victoire. » Quelles que soient, en effet, les solutions auxquelles s’arrêtent finalement les gouvernements alliés, soit pour la détermination du chiffre de leur créance, soit pour les modes de paiement, rien ne sera fait, si un accord préalable n’est établi entre eux pour la mobilisation rapide des indemnités de réparation.

L’Allemagne doit, par exemple, aux termes du traité, un paquet de bons de soixante milliards marks or à émettre immédiatement et, en outre, un engagement écrit d’émettre quarante autres milliards