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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/469

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pour l’autre. L’autre, le benjamin ! Lui, le paria ! Et, pour finir, cette rivalité d’amour ! Il a vu rouge, il a tiré… C’est la banale histoire, le plaidoyer dénué de tout imprévu. Nulle excuse à cette âme de boue et de sang… Pendant cet affreux interrogatoire, est-ce l’émotion, est-ce l’horreur qui nous étreignait ? Nous étions remués, bouleversés, serrés à la gorge par la poigne de l’auteur qui ne nous lâche plus jusqu’à la fin de cet acte, tout à fait remarquable par la vigueur et la sobriété de l’exécution.

Maintenant, que va faire Didier Harlange ? Sans doute, dénoncer son fils, car il ne peut laisser condamner un innocent. Un coup de théâtre change la face des choses. Le blessé, Maurice, qui a reconnu son assassin et qui veut le sauver, a donné un faux signalement. On a relâché le braconnier. Didier peut se taire. Oui, mais tout crime appelle une expiation. Ce n’est pas communément l’avis de MM. les assassins ; c’est l’avis de Claude. Il ne se résignerait pas à devenir un forçat, à n’être plus qu’un numéro dans un bagne : il n’accepte pas davantage de vivre avec le remords de son crime impuni. Il s’arrangera pour ne pas faire scandale et sortir de ce monde avec discrétion. Et cela sera pour le mieux, mais ne laisse pas de nous étonner, car rien ne nous préparait, chez ce jeune drôle, à une telle évolution de caractère… Il va sans dire que cet acte ne vaut pas le précédent. Il nous fait retomber dans l’artificiel. Mais il se peut que ce fût une nécessité du sujet. A tout prendre, la pièce finit bien : peut-être fallait-il qu’il en fût ainsi. Nous étions allés jusqu’au bout de ce que nos nerfs pouvaient supporter : il fallait une détente. L’essentiel était que rien ne vint gâter l’effet produit par ce fameux second acte, un des mieux venus que nous eussions depuis longtemps applaudis au théâtre.

M. Chambreuil a eu beaucoup de dignité, de douleur vraie et de mesure dans le rôle de Didier Harlange, et M. Yonnel a dessiné avec beaucoup d’adresse et de tact la figure de Claude.


Sur l’annonce d’un Roger Bontemps à l’Odéon, quelques critiques avaient pensé que M. Rivoire entrait dans la voie ouverte par M. Sacha Guitry et qu’à son tour il se proposait de découper en tranches et en actes la vie des hommes célèbres. Il n’en a rien été, et je dirais presque : heureusement. Ce n’est pas Roger Bontemps, c’est un Roger Bontemps qu’il a mis à la scène. Il a habillé de costumes et d’un décor du XVIIIe siècle une aimable intrigue, qui est d’aujourd’hui comme elle fut d’hier. Il a exécuté, en vers faciles, d’agréables