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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/468

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méchancetés sournoises qui, de même que l’aimant récolte toutes les parcelles de fer, collectionnent à travers la vie les raisons et les prétextes de haïr l’humanité. C’est une de ces forces mauvaises qui excellent à dégager du milieu où le hasard les a placées, tous les éléments dont elles peuvent nourrir, entretenir et accroître leur instinctive malfaisance. La fausseté de sa situation, créée par le désaccord de ses parents, a mis en lui une aigreur sans cesse accrue par les propos envenimés de sa mère et de son grand-père. A quinze ans, il a quitté la maison de son père et a pris nettement posture d’ennemi. Aux antipathies, rancunes et autres questions de sentiment, se joignent des questions de concurrence industrielle. Enfin Claude, qui n’y pouvait manquer, s’amourache de la même jeune fille qu’aime Maurice. Placée entre les deux frères, l’infortunée a choisi Maurice qui lui a paru le meilleur : nous sommes à la veille du mariage. Soudain on apprend que Maurice, au cours d’une excursion matinale, vient d’être grièvement blessé. Un braconnier, qui opérait dans les environs, a été arrêté, parce qu’il faut toujours arrêter quelqu’un. Mais il est évident, et nous n’en doutons pas un seul instant, que Claude est le coupable… C’est sur cette certitude que s’achève le premier acte, qui est un acte d’exposition très clair et très complet, et qui nous prépare à merveille aux débats dont nous avons maintenant à subir l’angoisse.

Le second acte, celui où l’auteur a mis tout son effort, est rempli tout entier par l’interrogatoire que Didier fait subir à Claude. Car la même pensée que nous avons eue tout de suite s’est aussitôt présentée, — disons mieux : imposée, — à son esprit. Notons-le avec soin, car c’est ici une remarque essentielle et qui donne sa signification à l’enquête à laquelle nous allons assister. L’intérêt qu’elle doit exciter en nous n’est pas un simple intérêt de curiosité, puisque l’issue n’en fait doute pour personne. Elle est un moyen de recherche psychologique. Elle se poursuit devant la mère, le grand-père, l’oncle, tout un conseil de famille, qui, lui aussi, a déjà sa religion faite. Comment chacun va-t-il réagir sous le choc d’une évidence de plus en plus éclatante et surtout comment va se dessiner le personnage du fratricide ? Celui-ci commence par se dérober et par feindre : il ruse, il invente des alibis ; puis, peu à peu, il s’embrouille dans ses mensonges, et finalement, se sentant découvert, acculé à l’aveu, il éclate en une confession violente et désespérée, haineuse, baveuse, rageuse, lamentable. Et voici la classique rengaine : il a trop souffert : ou ne l’aimait pas ; toutes les tendresses, toutes les caresses étaient