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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/457

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inconnue et qui ne pouvaient par leur nature, — et pour les raisons que je dirai, — être attribués à aucune source purement terrestre, une grande « sensation » a été produite dans les salles de rédaction, autour de la table de marbre du « Café du Commerce, » et même parmi les poufs soyeux des plus aristocratiques salons. On a dit aussitôt et même imprimé abondamment que les signaux hertziens venus manifestement de l’espace ne pouvaient être que des messages, des appels angoissés que nos voisins planétaires nous adressaient. Évidemment, et sans aucun doute c’étaient les habitants de Mars qui nous envoyaient ces marconiprammes (car probablement ils appellent aussi de la sorte leurs radiotélégrammes). Il ne restait plus qu’à trouver la clef, le chiffre, qui devait permettre de traduire en anglais… ou même en français ces messages cryptographiques. Ce ne devait être qu’un jeu pour les innombrables Champollions que le service du contrôle télégraphique a multipliés depuis la guerre.

Pourquoi, me direz-vous, ces messages devaient-ils provenir de Mars plutôt que de Vénus, de Saturne, ou de Neptune ? Mais d’abord parce que Mars est en ce moment bien plus près de nous que les autres planètes et qu’il y a des chances, dans ces conditions, pour que ce soient ses envois qui nous arrivent le mieux, toutes choses égales d’ailleurs, comme disent les physiciens. Et puis et surtout il y autre chose : c’est que toutes choses ne sont nullement égales d’ailleurs. Mars s’est en effet, à ce que chacun sait… ou du moins à ce que chacun dit, révélé depuis longtemps comme le séjour d’une, élite intellectuelle parvenue certainement à un haut degré de civilisation. Par conséquent, — et en ceci le raisonnement est irréfutable, — il est tout naturel d’attribuer à Mars les mystérieux signaux plutôt qu’à toute autre planète, où jamais, à notre connaissance, ne s’est manifestée la moindre trace de vie organisée et intelligente. Lorsque, dans une vaste pièce où se trouve seulement une autre personne et une caisse à bois, on entend chanter « Madelon, » il est tout naturel qu’on attribue ce chant à la seule personne présente dans la pièce. En général, on a raison ;… pas toujours, car le chant peut provenir d’un phonographe caché dans la caisse à bois, où même d’un microphone dissimulé sous n’importe quelle lame du parquet.

Arrivé à ce point de notre discussion, et, avant d’examiner plus avant, les causes possibles, les origines, les modalités des mystérieuses ondes hertziennes cosmiques enregistrées par les stations de Marconi, une question préalable se pose, que nous nous devons d’élucider dans la mesure de nos faibles moyens.