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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/451

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Mais aujourd’hui, tu vois le printemps revenu ;
Au ciel tu vois le feu jeter ses beaux présages ;
Pan réveille Daphné sous l’arceau des bocages
Et ton amour sourit comme un bel enfant nu.


IV


Ah ! ne t’approche plus de ces vases de fiel !
N’excite plus ainsi tes cuisantes blessures ;
L’orage est loin : le ciel caresse les verdures ;
Je t’apporte la paix et ses gâteaux de miel !

Cesse de cultiver dans ta lourde mémoire
L’amère volupté de craindre et de souffrir.
Dans les plus forts tourments, pouvait-elle mourir,
La rose du passé, pure comme un ciboire ?

C’est elle ! ses parfums sont plus beaux qu’autrefois,
Plus riches, plus puissants, éprouvés par la flamme !
Ne sens-tu pas l’azur ruisseler sur ton âme ?
Mais tu trembles toujours, biche encore aux abois !

Le calme des halliers n’a pourtant plus d’embûches ;
Tout est beau, tout est sûr, et l’avenir sourit ;
Laisse la joie emplir ton cœur et ton esprit
Comme un agile essaim amoureux de ses ruches.

Brise comme un mauvais miroir le souvenir.
Ce n’est pas sur cette eau qu’il faut que tu te penches.
Avance, avance encore, écarte quelques branches :
L’infini de l’amour t’attend pour t’éblouir !


V


L’absence est un désert fait de sables mouvants,
De sables noirs et lourds, fastidieux, hostiles,
Brûlés par le soleil et battus par les vents.