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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/449

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L’amour heureux


L’AMOUR HEUREUX




I


Je suis l’Amour, regarde-moi, je suis la force,
Tour à tour ample et fine, agressive et retorse ;
Une force pareille au caprice, parfois ;
Une force qui rit et qui danse. Tu vois :
Sous les lilas légers, je ris, je ris et danse !
Ce rire avec éclat vers les astres s’élance,
Et tout l’or du plaisir jaillit de mes cheveux.
J’ai l’air de ne pas bien savoir ce que je veux ;
J’ai l’air d’être un enfant qui court après son ombre…
Mais n’as-tu jamais vu fleurir sur le décombre
Une rose qui n’a pas d’égale au jardin,
Ni des bûchers croulants où crépite le pin,
Monter comme un esprit une flamme suprême ?
Je suis l’Amour heureux, et je ris, puisque j’aime.
La ruine et la cendre acceptent de me voir
Combler de mes rayons leur vain royaume noir.
Dans le nid du hibou j’impose la colombe.
La pourpre naît pour moi du sang de l’hécatombe.
Je donne un goût suave aux fiels les plus amers.
Je sais faire sourire Eurydice aux Enfers.
Je suis la force heureuse, harmonieuse et tendre.
Je fais ce que je veux ; nul piège ne peut prendre
Mon pied si blanc que mon talon est comme un lis.
Par moi Chloé qui dort voit en songe Daphnis