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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/448

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un ruban noir une médaille de cuivre sur laquelle sont gravés, — d’un côté, l’image de la Sainte Vierge, — et, au revers, un Christ avec cette légende : Consammatum est. Tandis qu’on le fouillait, on le vit porter à sa bouche un morceau de papier qu’il déchira entre ses dents ; on s’empara de ces fragments, on les réunit et on y lut quatre vers injurieux’ pour S. M. l’Empereur. Médaille et quatrain sont encore joints, dans le carton des Archives, au rapport du préfet qui fut soumis à Son Excellence. Hervagault, ramené sous bonne escorte à Paris, fut écroué, sans jugement, à Bicêtre, « par mesure de haute police. » Vaincu, cette fois, il comprit que c’était sans espoir de revanche, bans cet enfer d’où il ne devait plus sortir vivant, avili par les plus répugnantes promiscuités, rongé de maux infâmes, il sombra dans l’abjection et le désespoir. Le père Hervagault et Nicole Bigot vivaient cependant encore : on ne voit pas qu’ils s’inquiétèrent du sort de leur enfant…

Le jour où il mourut, — c’était le 8 mai 1812, — un prêtre assistait à ses derniers moments : il tenta d’exhorter le moribond et d’exciter sa contrition, lui représentant que son imposture était la cause de ses malheurs. A ce mot « d’imposture, » Hervagault eut un sursaut de vie, protestant, au moment de paraître devant Dieu, qu’il était le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette… L’émotion l’étranglait ; il s’enfonça dans ses couvertures, tourna la tête, et garda jusqu’à la fin un obstiné silence. Son nom figure au registre du grand hospice de Bicêtre ; on le retrouve aussi sur le livre des inhumations de la chapelle de l’établissement, et encore à l’état civil de la commune de Gentilly où, à sa date, dans le cahier des décès, on lit ces indications, évidemment transcrites d’après les écrous de la prison : « Jean-Marie Hervagault, âgé de trente ans, célibataire, fils de….. et de….., » comme si la plume de l’insouciant rédacteur de cet acte incomplet s’était refusé à violer le secret, du mort qu’allait recevoir la fosse des pauvres.


G. LENOTRE.