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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/417

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Que se passa-t-il après que Petitval eut reçu son « gage » ? Nul ne l’a jamais su et, sur le séjour à Vitry plane une ombre aussi opaque que celle dont s’enveloppa le Temple depuis la retraite de Simon. On en est donc réduit, sinon aux hypothèses, qui seraient vaines, du moins au raisonnement et ce silence de Vitry s’explique si le banquier a reconnu que le jeune hôte dont il est détenteur n’est pas le fils de Louis XVI. Petitval se croit joué par Barras qui excipe de sa bonne foi : il s’est engagé à livrer le détenu du Temple ; est-ce sa faute si ce détenu n’est plus le Dauphin ? Mais il faut éviter un éclat : il n’est pas possible que ceux, quels qu’ils soient, chez qui est caché le petit prince, le dissimulent bien longtemps. Petitval consent donc à temporiser ; mais les mois passent : le substitué qui est au Temple meurt : il faut bien le déclarer à l’état civil et l’inhumer sous le nom du fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Sur quoi le banquier se révolte : il a reçu la mission « d’établir les preuves juridiques de la substitution et de rendre au petit Roi son existence légale, » et il lui faut, en outre, maintenant, « poursuivre l’annulation d’un acte de décès qu’il incrimine de faux, et cela au profit d’un inconnu que le succès de ses démarches ferait Roi de France ! » Bon royaliste, Petitval se refuse à jouer ce rôle dans une comédie qu’il juge sacrilège et à conserver chez lui l’enfant dont certainement il ne se dessaisirait pas si cet enfant était le Dauphin. En quoi le banquier fait preuve de loyauté, mais se révèle aussi bien imprudent, car les Barras, les Fouché, les Rovère, les Tallien, les Freron, — et d’autres ! — le savent maintenant en possession de leur secret et redoutent la probité de cet honnête complice.

Ce sont là simples commentaires, — hasardeux, on l’avoue, — d’un fait brutal que voici : le matin du 21 avril 1796, les habitants du château de Vitry ne se réveillèrent point ; tous étaient morts : Mme Duchambon, belle-mère de Petitval, gisait égorgée dans son lit ; deux dames de ses amies en séjour au château, ainsi que deux femmes de chambre, avaient été massacrées à coups de sabre ; la tête de l’une d’elles était séparée du tronc ; le corps de Petitval fut découvert dans une allée du parc, le crâne fracassé ; son valet de chambre avait été abattu sur les marches du perron… au total, « huit ou neuf personnes avaient péri ; » plusieurs domestiques, — qui s’étaient cachés ou sauvés, — survivaient, entre autres une servante qui, folle