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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/321

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« Je m’honore, écrira-t-il, d’avoir appartenu au barreau. » Il lui faut en outre s’en féliciter. Contact avec le plaideur, le juge, les affaires, quelle source d’observations sur la vie réelle ! Mais c’est cependant le contact repris avec la terre qui a transformé son esprit. Infatigable marcheur, il a, mieux connu et vite chéri, d’un amour cette fois éclairé, ce sol riche de souvenirs et de beautés : chaque champ lui a rappelé la leçon du père : là est l’assise de notre nation et sur cette assise s’appuie la première pierre de l’édifice qui est celle du foyer. Avocat, il a pénétré l’âme de ces paysans dont, par ailleurs, maire d’une petite commune, il a éprouvé les passions. Avec cette terre natale, il a par ailleurs lié de plus doux liens, — et si forts ! Le foyer qu’il vient de fonder sera doublement de chez lui. Son réenracinement est ainsi complet et parce qu’il l’est, il lui est permis peut-être de quitter, cette fois sans aucun danger de déviation, le pays natal. Le quittant, il ne saurait plus s’en arracher ; ses racines y resteront, et si loin en apparence du sol où elles plongent, l’arbre produira fleurs et fruits de sa terre. Ainsi va s’achever « la belle histoire » de M. Henry Bordeaux qui, pensant sacrifier sa vie au devoir, y a, tout en satisfaisant sa conscience, conquis de loin la maîtrise.


Dans les loisirs de son office, il a préparé, — ce sera toujours un grand bourreau de travail, — les éléments du roman même du réenracinement qu’il est allé écrire chez son éminent ami, le comte Costa de Beauregard. C’est le Pays Natal qu’avec une belle résolution, qui est un des traits marquants de son caractère, il a envoyé à la Revue.

La Revue est alors entre les mains de Ferdinand Brunetière. Peu de directeurs ont, d’un flair plus sûr, distingué chez de jeunes écrivains, — qu’ils fussent Hervieu ou Bordeaux, — le talent prenant son essor. Un beau matin, — oh oui, beau ! — l’avocat est appelé à Paris par la fatidique petite lettre bleue, que tant d’entre nous ont connue, où, de sa forte écriture, Brunetière priait qu’on « prît la peine de passer à la Revue. » D’un bond, si j’ose dire, notre provincial y fut. Il a conté, en des pages piquantes sa première entrevue avec le maître, sa déception quand, après les critiques et les éloges, également véhéments, le directeur prononce l’arrêt : « La Revue publiera