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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/312

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celles qu’il a remplies, et qu’on a eu l’honneur de4 participer aux négociations d’un traité, on n’a pas le droit de jeter en pâture au mépris public les hommes dont on a été le collaborateur. On n’a pas le droit de calomnier leurs intentions, de flétrir leurs actes, de donner des armes aux ennemis de ceux qu’on a mission de défendre et de protéger.

Certes, il était permis de ne pas se ranger à l’avis d’une majorité ; il était permis de défendre, dans les conférences de Paris, des vues contraires à celles qui ont prévalu. Mais déverser un torrent d’accusations virulentes contre les hommes qui ont rédigé le traité, et faire le procès de ce traité lui-même, en essayant de démontrer qu’il est inexécutable et que, si par hasard il était exécuté, il ferait rétrograder l’Europe et la civilisation, voilà qui passe les bornes !

M. Keynes a d’ailleurs été jugé aussi sévèrement de l’autre roté de l’Atlantique qu’il l’est par nos compatriotes. Si quelques Américains ont été séduits par ses paradoxes, bon nombre d’entre eux ont déjà vivement protesté contre ses idées. David Hunter Miller, un des experts attachés à la délégation américaine a la Conférence de la paix, les a réfutées vigoureusement dans une réunion tenue, le 27 mars 1920, à New- York, à l’effet de discuter la question. M. Miller a notamment soutenu que les stipulations en ce qui concerne le bassin de la Sarre sont parfaitement sages, que, d’une façon générale, les conditions du traité sont conformes aux 14 points de la Déclaration Wilson et constituent « un des plus remarquables efforts de l’humanité pour faire œuvre de justice » Le professeur Allyh Allyn Young a également défendu le traité, et démontré que ses clauses économiques ne sont nullement de nature à ruiner l’Allemagne.

Une réplique directe à M. Keynes a été lancée par le major général Francis V. Greene, qui lui a consacré un long article dans le New-York Times du 28 mars 1920 ; il l’a résumée dans un titre expressif : Les réalités du traité ignorées ou déformées par M. Keynes. Il compare l’ouvrage au livre de Norman Angell, paru en 1910, qui fit alors un si grand bruit, dont les sophismes éblouirent tant de lecteurs et qui est tombé aujourd’hui dans un oubli et un discrédit mérités, après que les événements ont montré l’inanité des conceptions de l’auteur.

M. Norman Angell assurait « qu’aucune nation n’est en mesure