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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/31

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un traité de paix comme la constatation d’une situation définitivement acquise. Instruction incomplète d’ailleurs et, en tout cas, absolument en défaut devant le cataclysme qui vient de ravager l’Europe. Ce n’est pas un orage, c’est un cyclone qui s’est promené de la Manche aux Dardanelles et dont les tourbillons sont encore en pleine activité en Russie et en Asie ; derrière lui il a laissé le chaos. Sous les ruines des gouvernements séculaires des forces nouvelles politiques, économiques, sociales, cherchent à faire éruption ; à leur service, des hommes, de pauvres hommes, avec leurs qualités et leurs défauts montés au paroxysme par la violence des événements : le courage est poussé à l’héroïsme, l’idéal s’envole dans le rêve, l’intérêt dégénère en cupidité, la force tourne au chantage. C’est vraiment le chaos.

Il apparaît que les plénipotentiaires arrivant au Congrès de la Paix ont dû éprouver l’impression bien connue d’un terrain conquis après ce que nous appelions une belle préparation d’artillerie. A travers ce champ d’entonnoirs ils ont tracé des itinéraires, établi un plan des aménagements à réaliser et assuré un commencement d’exécution aux mesures de première urgence. L’œuvre est déjà formidable ; elle s’appelle le traité de Versailles avec ses succédanés ; elle ne marque pas la fin des efforts, mais le commencement d’efforts moins intenses ; ce n’est pas un temps d’arrêt, c’est un changement de vitesse.

Cette orientation nouvelle, la nation commence à la comprendre ; d’ici peu elle se sera placée bien en face et, sentant déjà l’Alsace et la Lorraine en sûreté derrière elle, elle partira avec son courage ordinaire en proclamant son idéal nouveau, idéal très haut et à longue portée qui est de gagner la paix.

« Gagner la paix, » quelle étrange formule ! et comme on se demande tout d’abord en quoi l’armée peut y trouver la directive de son action ! L’affaire de l’Armée, c’était de gagner la guerre, elle n’y a pas faibli ; gagner la paix, c’est l’affaire de la nation, à celle-ci de s’y atteler. Ainsi aurait parlé Vigny. La grande famille des poilus raisonne autrement. Elle sait que c’est la nation fondue dans l’armée qui a gagné la guerre et que la nation a encore besoin de son armée pour gagner la paix, car l’armée est une face, un aspect de la nation.

Aux fils affectueux qui l’interrogent, la France énumère nettement les services qu’elle attend d’eux désormais, services