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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/299

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allégations soient répandues dans le public, alors même que la fausseté en apparaît à tous les esprits non prévenus. Il le faut cependant : notre réfutation serait inintelligible si nous ne faisions pas connaître au préalable les affirmations de M. Keynes. Il accuse textuellement M. Llord George et M. Clemenceau d’avoir « berné » (bamboozled) le président Wilson et d’avoir ensuite conduit les négociations « d’une manière frauduleuse, chicanière et déshonorante. » On s’était, paraît-il, solennellement engagé « à traiter avec l’Allemagne sur certaines bases ; » et, après que les candides Germains eurent mis bas les armes, « on revint sur la parole donnée. » N’est-il pas de notoriété publique au contraire que les Allemands, à la veille d’un désastre militaire sans précédent, se sentant perdus, implorèrent l’armistice à tout prix.

Le Conseil suprême, par la plume de son président, M. Clemenceau, a répondu par avance aux affirmations de M. Keynes, qui ne fait en somme que répéter, en les résumant, les protestations contenues dans une note allemande de soixante mille mots transmise au cours des négociations et à laquelle M. Clemenceau répliquait, après avoir rappelé la correspondance qui avait précédé l’armistice, en ces termes : « Les Puissances alliées et associées estiment que la paix proposée par elles est une paix foncièrement juste ; elles sont également certaines qu’elle est conforme au droit, sur les bases convenues. Les propositions qu’elles font au point de vue territorial sont conformes aux principes qui ont été admis et sont nécessaires à la paix future de l’Europe. »

Quant aux clauses de réparation, que M. Keynes, rééditant les objections de M. Brockdorff-Rantzau, accuse de réduire l’Allemagne en servitude pour une génération, M. Clemenceau les qualifie comme suit : « Elles limitent le montant réclamé de l’Allemagne à ce que justifient clairement les termes de l’armistice, c’est-à-dire les dommages causés aux populations par l’agression allemande. » Le président Wilson s’est pleinement associé à cette manière de voir. Le 6 juin 1919, il déclarait à un représentant du Matin : « Notre projet de traité ne viole aucun de mes principes. Si je le croyais, je n’hésiterais pas à l’avouer et à redresser l’erreur commise. Le traité est entièrement conforme à mes quatorze points. » Les Allemands eux-mêmes avaient parfaitement compris la portée de la clause qui ordonnait qu’ils eussent à « réparer tous les dommages causés