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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/298

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la nation dont les organes essentiels ont été partiellement amputés ?

Cet état de choses est-il de notre fait ? Est-ce notre faute si la guerre, en suspendant pendant cinq ans la production industrielle normale, a surélevé le prix des choses, si bien que les frais de reconstruction représentent 3, 4 et 5 fois la valeur d’avant-guerre ? Il y a eu là une destruction formidable de capital : ceux qui en furent les auteurs doivent le reconstituer. Ils auront à faire un effort pour s’acquitter de la tâche. Quel est le juge qui verrait à y redire ?


II

Abordons maintenant un autre ordre d’idées. Non seulement M. Keynes blâme les dispositions économiques du traité de Versailles, mais il adresse à cet instrument un reproche bien plus grave, au point de vue moral. Il s’évertue à prouver que le traité de paix a violé, de plusieurs façons, les 14 points du fameux message du président Wilson du 18 janvier 1918 qui, dit-il, devait servir de base à la négociation. Il va jusqu’à écrire cette phrase qui montre mieux qu’aucune autre, de quel esprit l’auteur est animé : « Les Allemands n’ont pas eu de peine à démontrer que le Traité constitue une violation des engagements pris et un acte comparable, au point de vue de la morale internationale, à l’invasion de la Belgique. » N’est-ce pas le cas de nous écrier : jusqu’à quelle partialité la recherche de l’impartialité peut-elle entraîner un homme ? Nous avons, pour notre part, recommencé, à plusieurs reprises, la lecture de ce passage, que nous aurions voulu croire apocryphe et qui nous paraît révéler, chez celui qui l’a écrit, un état d’esprit tel que la portée de tout le reste de l’ouvrage en est singulièrement affaiblie. Il constitue en effet l’aveu d’une confusion lamentable entre les responsabilités de l’agresseur violant tous ses engagements et déchaînant sur le monde, de propos délibéré, une catastrophe sans exemple, et celles de négociateurs qui se dévouent à une œuvre de paix et de justice. Le livre n’est pas un travail historique, fait pour instruire le lecteur de ce qui a été décidé pour assurer le repos de l’Europe et du monde. C’est un réquisitoire qui est dressé contre le traité, dans des termes qu’il nous est pénible de reproduire : car il est mauvais que de pareilles