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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/294

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imposer à l’ennemi vaincu ce que l’auteur appelle « une paix carthaginoise. » M. Keynes déclare cette solution impossible et considère que des forces supérieures renverseront l’édifice construit d’après ce point de vue faux.

Nous avouons, pour notre part, avoir vainement cherché dans le traité cette volonté de détruire l’œuvre de 1870. Y a-t-il eu la moindre atteinte portée à l’unité allemande ? N’avons-nous pas vu, dès 1919, le Reich, c’est-à-dire le gouvernement soi-disant nouveau, racheter les chemins de fer qui étaient encore la propriété d’États particuliers et réaliser ainsi un pas important dans la voie de l’unité et de la centralisation ? Est-ce là une œuvre qui tende à briser les cadres de cet Empire sans empereur, qui continue d’ailleurs à en garder le nom ? Les Hohenzollern ne sont plus à Potsdam ; mais, de l’Elbe au Rhin, de l’Oder au Weser, il n’est question que de Reich, tout comme avant la fuite en Hollande.

Continuons la lecture des pages que M. Keynes consacre à la description des personnages qui tenaient, à la conférence, le devant de la scène. Entre M. Lloyd George et le président Wilson, dit-il, la partie n’était pas égale. « Ce dernier était une sorte de presbytérien, de pensée et de tempérament théologiques, qui, contrairement à l’attente générale, n’avait rien préparé et qui arrivait avec des idées vagues et incomplètes. De plus, sa conception était lente. Il n’était pas capable de saisir instantanément tout ce que disaient ses interlocuteurs, de juger en un clin d’œil une situation. Rarement, un homme d’Etat, dans un poste de première grandeur, a été aussi peu à même de suivre les évolutions d’une discussion. Il ne remédiait pas à ce défaut en prenant conseil de ses lieutenants. Il avait autour de lui des hommes de valeur, mais inexpérimentés en ce qui concerne les affaires publiques et aussi ignorants de l’Europe que le président lui-même. »

C’est alors, dit M. Keynes, que les collègues de M. Wilson tissèrent autour de lui « cette toile de sophismes et d’exégèse jésuitique qui devait finir par dénaturer les termes et la substance du traité. Aussi quel fut le résultat ? La Conférence de Paris ne s’inquiéta pas de la vie future de l’Europe. Elle se préoccupa des frontières et des nationalités, de l’équilibre des forces, d’extensions impérialistes, de l’affaiblissement d’un ennemi puissant et dangereux, de la revanche, du transport de charges