Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/293

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ce n’est pas au point de vue sentimental que nous nous plaçons lorsque nous évoquons ces drames qui datent d’hier et qui, pour certains hommes, à la mémoire courte, semblent déjà rejetés dans le passé crépusculaire de l’histoire. C’est pour rappeler qu’au point de vue strictement économique, ils ont eu, pour les Alliés, des conséquences très graves : c’est un affaiblissement de la race et par conséquent du pouvoir de production de la France en particulier, que cet état de maladie dans lequel nous ont été rendus un grand nombre de nos prisonniers, de nos habitants des régions envahies. La quantité de tuberculeux qui encombrent nos sanatoria et pour lesquels hélas ! les abris sont bien insuffisants, est, à elle seule, un témoignage du mal qui nous a été causé et dont les effets se feront sentir à travers bien des générations !

Le premier soin de celui qui veut étudier les conditions dans lesquelles se trouvent, au lendemain de la guerre, les belligérants de la veille, doit être de faire entrer en ligue de compte non seulement les manifestations extérieures de la richesse, mais les éléments profonds de la puissance productrice, qui sont à la base du problème. C’est ce que M. Keynes a négligé de faire ; cette omission vicie tout son travail.


I

Nous ne nous arrêterons pas au côté anecdotique et pittoresque du volume, qui a certainement beaucoup contribué à son succès. M. John Maynard Keynes décrit avec humour les grands acteurs de la conférence. De M. Clemenceau il trace un portrait assez vivant ; il rend hommage à son patriotisme, à sa hauteur de vues : il déclare que celles des grandes lignes du traité qui, au point de vue économique, représentent une idée, sont dues à Clemenceau, parlant au nom de la France. Il considère que c’était de beaucoup le plus remarquable des quatre chefs qui élaborèrent le pacte. Il le met au-dessus du président Wilson, de MM. Lloyd George et Orlando. D’après M. Keynes, le but poursuivi par l’homme d’Etat français était de revenir à l’état de choses d’avant 1870 et de défaire tout ce que l’Allemagne avait accompli depuis lors. Il l’accuse d’avoir, en cela, suivi une politique de « vieillard » qui ne veut pas reconnaître qu’un ordre de choses nouveau s’est formé, et qui cherche uniquement à