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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/288

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La juste paix


I. UNE ABERRATION : LE LIVRE DE M. KEYNES


Voici un livre dont le titre est de nature à éveiller l’intérêt du lecteur : Les Conséquences économiques de la paix. Il est signé par un Anglais qui appartient au Collège du Roi de l’Université de Cambridge, qui a été temporairement attaché à la Trésorerie britannique pendant la guerre, qui l’a représentée à la Conférence de la Paix à Paris jusqu’au 7 juin 1919, qui a siégé comme remplaçant du Chancelier de l’Echiquier (le ministre des Finances anglais) au Conseil économique suprême. Il semble donc que son auteur ait dû être mieux éclairé que personne sur la portée d’événements auxquels il a été mêlé et de décisions qui ont été prises après discussion avec lui.

Pourquoi faut-il qu’à mainte page de ce livre nous nous heurtions à des assertions que nous pourrions nous attendre à trouver sous la plume d’un Allemand, mais qui nous confondent sous celle d’un Allié ? Comment se fait-il qu’ayant voulu être impartial, l’écrivain anglais ait été d’une partialité dont nos lecteurs seront juges ? Par quelle singulière déformation visuelle cet universitaire, transformé passagèrement en homme d’Etat, n’a-t-il été sensible qu’aux sacrifices que le traité de Versailles impose aux Allemands, tandis qu’il semble ignorer les effroyables pertes en hommes et en biens que la barbarie