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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/285

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comment finit la guerre.

L’armée elle-même en avait le sentiment… L’offensive est la forme la plus puissante du combat, elle seule apporte la décision. L’histoire militaire le prouve à chacune de ses pages. L’offensive est le symbole de la supériorité sur l’ennemi. »

L’année 1916 s’était terminée pour les armées allemandes dans une défensive prudente qui motivait bientôt une retraite importante sur un large front ; au contraire, la fin de l’année 1917 les voyait se préparer à une offensive brutale, profonde, menée avec des effectifs formidablement accrus. D’où venait ce renversement de situation ?

Les résultats de la bataille de la Somme avaient été méconnus en France. Nous l’avons constaté, les armées allemandes étaient épuisées, et nous avons enregistré le cri d’alarme que poussait Ludendorff : « Les troupes s’usaient. Nous étions toujours à la veille d’une catastrophe. » Si l’offensive avait été poursuivie pendant l’hiver 1916-17, comme le voulait le général Joffre, la décision eut été obtenue au printemps.

Mais les versatilités de la politique s’étaient introduites dans la conduite de la guerre. L’opinion parlementaire, incomplètement renseignée, réclamait une solution plus rapide et moins coûteuse ; elle avait exigé un changement dans le haut commandement. Le général Foch avait été sacrifié et placé dans une demi-disgrâce, où il attendait en silence les réparations que l’avenir lui préparait.

M. Briand, alors président du Conseil, avait imaginé une combinaison qui eût donné le commandement de toutes les armées au général Joffre, le général Nivelle ayant le commandement du front de France ; puisqu’un changement s’imposait, c’était une solution très heureuse. Elle impliquait la suppression des groupes d’armées, et le général Nivelle eût mené lui-même sa bataille, de près, avec de bien meilleurs résultats, ses arrières protégés par la forte couverture que représentait le général Joffre. Cette solution fut écartée par la pression parlementaire, et le bâton de maréchal couvrit la retraite du vainqueur de la Marne.

Le général Nivelle, en prenant le commandement des armées françaises du Nord et du Nord-Est, apportait la formule nouvelle que réclamait l’opinion parlementaire. Il l’expliqua avec trop de complaisance peut-être, mais le grand reproche