Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/273

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
271
comment finit la guerre.

Le gouvernement français avait à sa disposition à Rechézy, près de Belfort, un organe de renseignements très perspicace, sous la direction du docteur Bucher, qui, aux confins de la Suisse et de l’Alsace-Lorraine, utilisait les sources les plus diverses. Toutes concordaient pour affirmer la dépression du moral en Allemagne. M. André Hallays, mobilisé dans ce poste, s’exprime ainsi : « Quand on lit les journaux allemands de la seconde quinzaine d’avril, il est impossible de s’y tromper : à l’arrière, tout le monde eut alors le pressentiment que, devant Arras et sur l’Aisne, les armées venaient de subir une série de lourds échecs. Tandis que, chez nous, passait Une rafale de pessimisme, que l’affolement de quelques politiciens gagnait le gouvernement, la presse et le public, que des porteurs de fausses nouvelles, exagérant l’importance de nos pertes et la gravité de certaines mutineries, s’efforçaient de donner à la France l’impression de la défaite, l’État-major allemand se voyait obligé de multiplier les notes et les commentaires pour rassurer les Allemands consternés.

« Ces attaques avaient été pour eux une terrible surprise : au moment du repli « stratégique, » n’avait-on pas promis que des « événements grandioses » seraient la suite de cette manœuvre « géniale ? » N’avait-on pas laissé entendre que les régions si soigneusement dévastées deviendraient le théâtre d’une nouvelle offensive ? Et ce sont les armées de l’Entente qui maintenant marchent à l’assaut des positions allemandes, ramassent des milliers de prisonniers et menacent les lignes nouvelles ! En vain les communiqués chantent victoire ; en vain les critiques militaires affirment que, grâce à un « repli élastique, » le Haut Commandement a épargné le sang des soldats, que la tentative de percée a échoué, que les communiqués de l’Entente sont un tissu de mensonges, que Hindenburg et Ludendorff ont su ménager leurs réserves stratégiques et conserver l’initiative des opérations. L’opinion, préoccupée des grèves, reste insensible à ces consolations : elle n’est frappée que de l’énormité des pertes.

« À partir du 1er mai, quand la menace de l’émeute est définitivement écartée, on se met à lire avec plus d’attention les nouvelles venues de France, les extraits des journaux parisiens télégraphiés par les agences, le compte rendu de certains débats au Parlement français ; l’ennemi lui-même proclame son