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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/269

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comment finit la guerre.

besoin de s’assurer que tous étaient bien d’accord sur le principe d’une offensive continue, dont les détails étaient réglés par les chefs responsables : « Nous préférons que les généraux gardent pour eux ce qui concerne leurs plans d’exécution. Quand on les met sur le papier pour les communiquer aux ministres, il est rare que les ministres soient seuls à les connaître… Ce que nous n’avons pas besoin de savoir, c’est le lieu précis de l’attaque, ni la date, ni le nombre des canons et des divisions engagées. Il est essentiel que ces détails restent secrets. En Angleterre, nous ne posons pas ces questions. » Il transformait le protocole de la conférence militaire en un engagement formel du gouvernement britannique, spécifiant toutefois que le terme d’ « offensive limitée » ne pouvait s’entendre de l’attaque de deux ou trois divisions, mais bien d’une opération analogue à celle que les armées britanniques venaient d’exécuter devant Arras. Et M. Lloyd George insistait sur la nécessité d’un effort sérieux et continu dans la situation où se trouvaient les deux partis. Il s’efforçait de montrer au gouvernement français tout le chemin parcouru pendant le mois d’avril : « Nous pourrions nous laisser aller à ne pas estimer à leur valeur les résultats de notre offensive. On avait sans doute formé de grandes espérances qui ne sont pas réalisées. Mais sans espérance au delà de ce qui est possible, peut-être ne trouverait-on pas l’élan indispensable en temps de guerre. »

Il énumérait les prises : 45 000 prisonniers, 450 canons, 800 mitrailleuses, 200 kilomètres carrés reconquis. « Supposez que ce soit l’ennemi qui ait obtenu ce résultat… et imaginez la vague de pessimisme qui gagnerait l’opinion publique. Cela suffit à montrer la réalité des succès que nous avons remportés… Les pertes que nous subissons sont très pénibles, mais il est impossible de les éviter, si nous faisons la guerre… S’il s’agit d’économiser les vies humaines, nous dirons que les attaques faibles et répétées coûtent autant et plus que les attaques à fond… J’espère que ces considérations vous amèneront l’un et l’autre, » disait-il en s’adressant personnellement à M. Ribot et à M. Painlevé, « à admettre que nous devons tous à la fois donner tous nos efforts. »

Le Premier d’Angleterre a fait entendre le langage viril d’un véritable homme d’État. Éclairé par la situation de son