Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/266

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
264
revue des deux mondes.

vention directe du ministre dans le détail des opérations. Le général Pétain, choisi pour exercer les fonctions nouvellement créées de chef d’État-major général de l’armée auprès du Ministre, reçut dans ses attributions l’étude de tous les plans d’opérations. M. Painlevé, en conférant avec le général Mazel, commandant la 5e armée, se fit exposer le détail de l’opération contre Brimont, et il semble bien qu’un malentendu se soit élevé entre les deux interlocuteurs sur le chiffre probable des pertes.

Le projet donna lieu à des pourparlers, qui durèrent du 22 au 29 avril, et le ministre prescrivit au général en chef de surseoir à l’attaque de Brimont que l’artillerie avait commencé à préparer. Les généraux Nivelle et Pétain furent invités à conférer le 30 à ce sujet, et le projet tronqué qui sortit de tous ces pourparlers aboutit à la petite attaque du 4 mai contre deux positions dominées : les Français s’en emparèrent, mais ils en furent chassés après des pertes qui, cette fois, étaient réellement inutiles. Les décisions prises pour la conduite des armées françaises étaient le résultat de compromis médiocres entre des volontés divergentes : elles n’étaient plus commandées.


Cependant le gouvernement britannique, inquiet des résultats de la guerre sous-marine, s’alarmait en même temps des dispositions où il sentait le gouvernement allié. Avant l’attaque du 16 avril, il avait appris que le cabinet de guerre français avait l’intention d’arrêter l’offensive au bout de quelques jours si les résultats escomptés n’étaient pas atteints ou du moins près de l’être. Aussi, dès le 18, M. Lloyd George faisait demander à sir Douglas Haig « quel serait, à son opinion, l’effet produit si le cabinet de guerre français donnait l’ordre au général Nivelle de cesser les opérations offensives à une date rapprochée. »

Il faut citer la remarquable réponse que sir Douglas fit à cette question le 19 avril :

« Dans mon opinion, la décision de cesser immédiatement les opérations offensives, jusqu’à ce que la Russie et l’Amérique soient en mesure de se joindre à nous (probablement pas avant le printemps prochain) serait très contraire à la sagesse.