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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/253

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comment finit la guerre.

ricaine d’effectif appréciable fût levée, équipée, transportée en Europe et mise en état d’entrer dans la grande bataille ? C’était le secret de l’avenir ; mais, dès cette heure, tout homme de sang-froid devait comprendre qu’un poids considérable venait de tomber dans la balance du destin du côté des Alliés, et il ne s’agissait plus que de savoir si le fléau aurait le temps d’indiquer le juste équilibre.

Presque en même temps éclatait la révolution russe. Le tsar Nicolas II, qui avait ouvert la conférence de La Haye, donné à son peuple un commencement de représentation élue, supprimé l’alcool, et qui, dans la guerre, s’était montré un allié fidèle et d’un secours souvent précieux, était tombé sous la domination de l’impératrice, allemande d’origine, elle-même dirigée par le moine Raspoutine et les influences germaniques. Il s’était de plus en plus séparé de son peuple. Du 7 au 12 mars, des troubles éclatèrent, croissant d’intensité ; le gouvernement provisoire qui s’était formé s’écroula avec le trône impérial, et la Russie tomba aux mains d’un pouvoir à la fois violent et faible qui s’incarnait dans Kerensky.

Il proclama la fidélité à l’alliance, mais sa force militaire paraissait décroître avec la discipline de l’armée et les Alliés ne pouvaient plus compter sur l’offensive russe prévue pour le printemps.


Sur ces entrefaites, le 20 mars, un incident de séance à la Chambre des Députés amena la démission du ministre de la guerre, le général Lyautey, et celle du cabinet Briand. Son successeur M. Ribot prit comme ministre de la guerre M. Painlevé qui, indiqué par une fraction importante du Parlement, avait refusé d’entrer dans la dernière combinaison Briand, parce qu’il réprouvait la nomination du général Nivelle comme commandant en chef, non pour des raisons personnelles, disait-il, mais parce qu’il n’était pas partisan du système de guerre que représentait à ses yeux le général Nivelle.

M. Painlevé interrogea ceux des chefs de l’armée qu’il supposait capables de lui apporter des arguments contre l’offensive projetée, et pas les autres. Il accrut leurs hésitations sans même s’en rendre compte. Ces conférences avaient lieu en dehors du général en chef, prévenu par ses subordonnés, et pas