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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/241

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de nos alliés, mais en évitant jusqu’ici une rupture déclarée. Des bandes irrégulières, mais menées par des officiers chérifiens, envahissent, au Nord et au Sud du Liban, l’arrière-pays de Tyr, de Sidon et de Tripoli. Elles arborent le drapeau du roi de Syrie et elles arrachent des pétitions aux populations terrorisées. A nos clients chrétiens on donne le choix entre la signature et le pillage. Pour mieux décourager nos partisans, on insinue que tout ce qu’on fait est convenu avec Paris. On interprète le malencontreux accord du 6 janvier comme une promesse d’abdication de la France. C’est ainsi qu’un journal de Damas, étroitement tenu en bride par Feyçal, présente l’invasion de la Caza de Tyr par des bandes chérifiennes comme une relève militaire opérée d’accord avec les autorités françaises. Pendant ce temps, nos amis du Liban, qui attendent en vain leur indépendance et leur statut et qui ont été stupéfaits de nous voir céder la Bekaa à Feyçal, se demandent avec anxiété si nous les abandonnons.

Espérons que le traité avec la Turquie sera réellement prêt à être signé le 10 mai, comme on vient de l’annoncer aux Turcs, et que de nouvelles solutions ne seront pas encore imaginées pour régler le sort changeant de Smyrne, de la Thrace et de l’Arménie. Lorsque nous aurons la certitude de nous trouver en face de solutions définitives, nous ferons, pour chacune des Puissances alliées, le bilan de ses gains et de ses pertes en Orient. Nous saurons alors où nous auront exactement conduits les conversations de San Remo et si nous ne sommes venus respirer l’air de la Méditerranée que pour nous consoler de laisser sombrer, dans la partie orientale de cette mer, le vieux renom de la France. Nous saurons aussi avec précision dans quelle mesure les négociations relatives à la Turquie auront réagi sur les négociations qui concernaient l’Allemagne et si, pour obtenir une trop faible partie de ce qui nous était dû, nous n’avons pas été forcés de payer à d’autres ce qui ne leur était pas dû.

Si je parle avec tant de liberté de toutes ces petites fissures qui se sont produites dans la coalition, c’est, d’abord, qu’il serait vain d’essayer de les cacher ; c’est ensuite que le silence ne remédie à rien et qu’entre amis on se doit la vérité ; c’est enfin et surtout que, s’il y a eu des fautes commises, elles n’ont jamais été celles des nations elles-mêmes et qu’elles n’ont pas altéré, entre les peuples vainqueurs, la force irrésistible des sympathies mutuelles. Les hommes ont pu se tromper et il est probable que d’autres, qui