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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/238

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En même temps, le gouvernement de Berlin, encouragé par l’espoir de créer des divisions entre Alliés, nous signifiait officiellement, en trois notes dont la forme doucereuse dissimule mal l’insolence, que l’Allemagne comptait bien n’être point désarmée. On ne se borne plus à nous demander la prorogation du régime transitoire qui devait prendre fin le 10 avril et qui autorisait jusque-là l’entretien de troupes supplémentaires; on prétend déchirer le traité dans l’une de ses parties les plus essentielles. L’Allemagne s’était engagée, le 28 juin 19I9, à se contenter, avant le 31 mars 1920, d’une armée de cent mille hommes, dont l’article 160 fixait la composition; elle s’était engagée, dans les articles 164 et suivants, à ne garder qu’une quantité déterminée de pièces de campagne et à livrer tous ses canons lourds; elle avait promis, dans l’article 198, que ses forces militaires ne comporteraient plus aucune aviation. Elle entend aujourd’hui que tout cela soit lettre morte. Il lui faut douze divisions d’infanterie au lieu de sept. Il lui faut, en outre, cinq brigades d’infanterie organisées comme des divisions. Il lui faut de l’artillerie lourde pour chacune de ces unités. Il lui faut huit groupes d’aviation composés chacun de vingt appareils. Bref, à toutes les violations antérieures du traité, l’Allemagne se propose d’en ajouter une nouvelle, plus audacieuse encore et plus dangereuse pour la sécurité de la France.

C’est l’heure qu’ont choisie M. Lloyd George et M. Nitti pour essayer d’apitoyer M. Millerand sur les malheurs du Reich et de convaincre le Président du Conseil français qu’il serait bon d’inviter les Allemands à San-Remo. Une causerie an bord de la Méditerranée n’arrangerait-elle pas bien des choses? Ne se trompe-t-on pas, lorsqu’on croit le gouvernement allemand de mauvaise foi? Il est simplement à la tête ou à la remorque d’un pays infortuné, qui est menacé par la révolution et qui meurt de faim. à nous demande des troupes : n’est-ce pas qu’il a du mal à maintenir l’ordre et à conjurer le péril bolchevique? Il refuse de payer ce qu’il doit : n’est-ce pas qu’il est épuisé par notre victoire et qu’il se sent écrasé, d’avance, par les charges que nous lui voulons imposer? Si seulement nous pouvions, dès maintenant, le renseigner exactement sur le montant de la dette qui doit incomber à l’Allemagne, il serait en mesure de dresser ses plans, d’établir son budget et de prévoir à peu près l’avenir. Sortons-le de l’obscurité où il se débat. Fixons tout de suite la créance des Alliés. Sans doute, c’est une question qui intéresse l’Italie et moine l’Angleterre moins que la France.