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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/195

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Le Sénat de l’Empire recevait en 1863 la pétition d’un Alsacien nommé Schoeffen, qui demandait que le gouvernement français intervint auprès du pape en vue de cette canonisation [1]. Et c’était un fils de l’Alsace que cet abbé Freppel qui le 8 mai 1867, d’un geste discret mais décisif, posait les assises sur lesquelles devait un jour s’édifier la « sainteté » de Jeanne.

Mais les ayant ainsi posées, Freppel s’effaçait : cela regarde les évêques, disait-il. En mai 1809, il s’en trouva douze à Orléans, pour écouter le panégyrique ; et l’orateur fut Dupanloup. Dix de ces prélats gouvernaient les diocèses où s’était déroulée la vie de Jeanne : Nancy, Verdun et Saint-Dié ; Tours, Poitiers et Blois ; Châlons et Reims, et ceux où la route de la Pucelle, sans cesser d’être voie triomphale, était devenue, voie douloureuse : Beauvais, Rouen. Devant eux, dans Jeanne d’Arc, Dupanloup glorifiait « la sainteté. » Sainteté de la bergère, et puis du chef d’armée, et enfin de la victime de Rouen : ainsi se déroulait son discours. Un anglican, récemment, avait dit de Jeanne : « Un tel personnage est un soutien pour notre foi, une splendeur pour l’âme humaine, et sa place est dans les temples. » Dupanloup citait ce mot, et poursuivait : « Ce grand et solennel hommage, peut-être un jour la sainte Eglise romaine le décernera-t-elle à Jeanne d’Arc : ce jour, il m’est permis de dire que je l’attends, et que je l’appelle,. »

Cet appel comportait une conclusion. Les évêques présents la tirèrent en s’unissant à l’évêque d’Orléans pour demander à Pie IX l’introduction de la cause de Jeanne d’Arc. Dupanloup avait libellé la supplique. Il y déclarait :


Ce n’est pas seulement Orléans et la France, c’est le monde entier, qui rend témoignage aux gestes de Dieu par Jeanne. Exalter la mémoire de Jeanne, ce serait payer un juste hommage à Jeanne elle-même, qui, en délivrant sa pairie, l’a préservée en même temps de l’hérésie qui la menaçait dans l’avenir ; ce serait donner un nouveau titre de noblesse à ce peuple français qui a tant fait pour la religion et pour le siège de Pierre et qui a mérité, lui aussi, le nom de soldat de Dieu ; ce serait enfin honorer l’Église et égaler à l’ancien peuple le peuple nouveau en mettant sur ses autels une sainte guerrière, comparable aux Judith, aux Débora et aux femmes fortes de l’ancienne Alliance.

  1. Séjourné, La canonisation de Jeanne d’Arc, p. 13. Orléans, 1889.