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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/191

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d’une passion quelquefois un peu brumeuse, les apparitions historiques où s’incarnait l’âme des peuples, les personnalités où des consciences collectives se résumaient et s’exprimaient : il fut séduit par Jeanne, et l’on vit éclore, en 1841, l’hymne de Michelet en l’honneur de la jeune fille qui avait « couvert de son sein le sein de la France. » Jules Quicherat, cette même année, commença la publication des Procès de condamnation et de réhabilitation [1], qui devait s’achever en 1849 : les sources de l’histoire de Jeanne étaient dorénavant accessibles à la curiosité française. La France, pour savoir quelque chose de Jeanne, n’avait plus besoin de guetter les échos d’Orléans.


VII. — L’ÉPISCOPAT DE FELIX DUPANLOUP : LES APPELS DE LA CHAIRE ORLEANAISE A LONDRES ET A ROME

Mais la tâche orléanaise n’était pas achevée : c’est vers Rome, désormais, qu’Orléans regardait ; dans les « panégyriques » annuels, — le mot devint officiel en 1855, — c’est à l’adresse de Rome que certaines aspirations se formulaient et que certains vœux s’esquissaient.

Presque tous les orateurs sacrés qui eurent un rôle dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle montèrent dans la chaire d’Orléans. On y avait entendu en 1819 Frayssinous, en 1827 Parisis, le futur évêque d’Arras, en 1844 le futur cardinal Pie ; on y entendit en 1860 et 1867 Freppel, plus tard évêque d’Angers ; en 1862, Perreyve ; en 1863, le futur cardinal Mermillod ; en 1872 et 1887, le futur cardinal Perraud ; en 1876, l’abbé d’Hulst ; en 1877, Monsabré ; en 1885, le futur cardinal Langénieux ; en 1889, le futur cardinal de Cabrières. Le maître du chœur, dont l’ascendant fut solide et durable, fut l’évêque même d’Orléans, Félix Dupanloup.

En pleine guerre de Crimée, au moment où les troupes anglaises fraternisaient avec les nôtres, il dut, à la demande du garde des sceaux, prononcer lui-même le panégyrique, qui paraissait délicat ; et, le 8 mai 1855, Orléans l’entendit glorifier l’inspirée, l’héroïne, la martyre. L’Angleterre aujourd’hui, s’écriait-il, n’a rien à craindre de moi.

  1. Il s’en était fallu de peu que Guido Goerres, l’érudit catholique allemand, n’entreprit cette publication.