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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/188

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sens humain aidait la chaire d’Orléans à humilier le déisme* De Alarolles s’écriait :


Eh quoi ! nous hommes éclairés par le flambeau des sciences nouvelles, qui, dans la balance du grand Newton, pesons les astres mêmes, et sur les pas du sage Locke apercevons la pensée au sein de la nature, qui réduisons tous les dogmes aux oracles de la raison et ramenons presque tous les devoirs aux penchants de la nature, nous eussions, en conséquence de nos brillants principes, embrassé avec confiance tous les moyens qui devaient perdre la patrie et rejeté, sans balancer, la voie unique du salut, que le ciel offrit à nos pères !


On relève aussi, chez plusieurs de ces orateurs, un curieux penchant à poursuivre sur les idées anglaises, importées en France par la philosophie de l’époque, la victoire remportée par Jeanne sur les armées anglaises. Il leur déplaît que l’Anglais, ce vaincu du XVe siècle, rentre chez nous par ses penseurs, par ses théoriciens politiques. Au demeurant, ils sont à l’aise pour parler, puisque durant cette époque les gouvernements de Londres et de Paris sont en conflit. L’abbé de Géry se réjouit que la victoire de Jeanne ait dérobé la France à celle « puissance étrange où les sujets sont indociles, où les maîtres sont impérieux, où le schisme règne. » Le prieur Soret, l’orateur de 1781, qui devait douze ans plus tard coiffer le bonnet rouge, contemple avec affectation, au-delà de l’Atlantique, le nouvel « État républicain » que vient de fonder « le génie, la patience, la fermeté et le courage d’un homme aussi étonnant par ses connaissances que par sa politique ; » et la prière de Soret s’élève, à demi-ironique peut-être, pour demander à Dieu d’ « accorder à la nation anglaise des yeux plus clairvoyants sur ses propres intérêts, et qui la portent à ne plus fatiguer ses colons à force d’iniquités. »

La chaire orléanaise devenait une tribune d’où l’on attaquait l’Angleterre, et, aussi, les anglicisants de France. De Géry stigmatisait la « manie avilissante » qui portait, un grand nombre de Français à « copier les manières et les usages de cette nation ennemie. » Il voulait bien pardonner à l’Angleterre la « sombre mélancolie » qu’elle introduisait dans notre littérature, et concédait, même, qu’elle nous eût peut-être procuré « des lumières relatives aux sciences humaines. » Mais il