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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/182

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Que cette brebis tu donnes Au gré des bouches félonnes Des loups, craintif de ta peau ! Mais las ! ce n’est pas merveille Si tout pasteur point ne veille, Car même le roi des cieux Eut pour disciple le traître Qui livra son propre maître Es mains des Juifs envieux. </poem>

On estimait, à Pont-à-Mousson, que, même devant des écoliers, il n’y avait pas de voile à jeter sur les méfaits d’un évêque : la tragédie de ce jésuite ignorait l’art de biaiser [1].

Sur une autre scène scolaire, en 1629, la mission religieuse de Jeanne fut glorifiée. Les acteurs, cette fois, étaient les étudiants de l’université de Louvain ; et l’auteur de la tragédie latine, Nicolas de Vernulz, professait l’histoire au collège des Trois Langues et fut trois fois recteur de la glorieuse université. La prière suprême qu’il mettait sur les lèvres de Jeanne attestait qu’il l’avait comprise :


C’est ta force qui a poussé ce bras : je n’ai rien pu par moi-même. Accorde à la Pucelle le prix qu’elle attend de toi : toi-même, mon Dieu, et ton paradis. Accorde encore, dans ta bonté, à mon dernier vœu, que les Français recouvrent toute la France. Si les Anglais ont à se reprocher quelque chose envers moi, je leur pardonne en mourant, et je meurs avec joie [2].


Tandis que Jeanne, sur les tréteaux, était ainsi proposée à l’admiration d’un auditoire chrétien, des écrivains de spiritualité transformaient sa vie en une leçon de choses, fille avait aimé la Vierge, et la Vierge l’avait aimée : cela suffisait pour qu’en 1630 le P. Poiré s’occupât longuement d’elle, dans sa Triple couronne de la bienheureuse Vierge Mère de Dieu, véritable encyclopédie dévote en l’honneur de Marie. Le P. de Ceriziers, aumônier de Louis XIII, écrivant en 1639 son livre des Trois états de l’innocence, élisait Jeanne comme type de l’innocence opprimée ; le P. François Lahier lui réservait une niche, en 1645, dans son Grand Ménologe des Vierges ; le

  1. Voir l’article du P. Delaporte dans les Etudes, octobre 1890.
  2. La tragédie de Vernulz a été traduite par Antoine de Latour. Orléans, 1810. Voir le livre du comte de Puymaigre : Jeanne d’Arc au théâtre. Paris, 1890.