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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/181

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car c’était un excité : « Ses faits sont chose nécessaire à maintenir, autant que l’Évangile. » Il y eut ainsi, de bonne heure, toute une lignée de féministes, qui, portés par leur désir même d’exalter Jeanne, servirent sa gloire religieuse.


Si le ciel l’eût laissée dans la maison de son père, il ne posséderait pas une des plus belles lumières de son firmament, et l’Église serait privée de l’intercession et des prières d’une sainte et de l’exemple d’une héroïne.


Vous trouvez cette phrase dans un livre de l’année 1665, qui s’intitule : Les dames illustres, où par bonnes et fortes raisons il se prouve que le sexe féminin surpasse en toutes sortes de genres le sexe masculin [1]. Et la bonne et forte raisonneuse s’appelle Damoiselle Jacquette Guillaume. Son féminisme induit cette demoiselle, deux cent cinquante ans avant l’Église, à canoniser Jeanne d’Arc.

D’une façon moins pétulante, mais plus efficace, un certain nombre d’auteurs religieux commençaient à trouver, dans la contemplation de l’âme de Jeanne ou dans le récit de sa vie, un sujet d’édifiantes leçons : ils appartenaient en général à la Compagnie de Jésus. Dès 1580, le goût même des Jésuites pour les représentations dramatiques avait appelé leurs regards sur l’héroïne : un de leurs tout jeunes Pères, Fronton du Duc, avait cette année-là, au collège de Pont-à-Mousson, fait jouer devant le duc de Lorraine une Histoire tragique de la Pucelle, en cinq actes. Sans l’aveu de l’auteur, cette pièce fut imprimée : la première indiscrétion qui dérobait à l’ombre des collèges le théâtre scolaire des Jésuites fut ainsi un hommage à la gloire de Jeanne d’Arc. L’hommage, quelle qu’en fût la médiocrité littéraire, nimbait déjà d’une ébauche d’auréole les vertus chrétiennes de Jeanne : le portrait que traçait d’elle un gentilhomme de sa garde était comme un sommaire de sa sainteté. Le chœur, — c’était, en l’espèce, le menu peuple des élèves, — s’emportait contre l’évêque qui l’avait méconnue.

<poem> Est-ce ainsi, ô pasteur lâche, Qui dois souffrir qu’on te hache Et tue pour ton troupeau,

  1. Ces curieuses pages de Jacquette Guillaume ont été réimprimées avec d’érudits commentaires par M. l’abbé Jouin dans les numéros de févier et mars 1914 de Jehanne la Pucelle.