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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/170

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Au mois de mai 1430, Jean de Saint-Michel, évêque d’Orléans, se reposait dans sa lointaine maison de campagne, lorsque survinrent deux bourgeois de la ville, Raoulet de Harcourt et Jehan Moly : ils avaient consigne de le ramener, sur l’heure, pour la cérémonie que l’on organisait. Leur déplacement et le transport de l’évêque coûtèrent à la ville soixante-huit sols. Orléans voulait prier : il fallait que l’évêque fût là. La démarche de ces deux bourgeois, s’en allant au loin quérir leur pasteur, symbolisait avec exactitude l’initiative civique et patriotique qui, pour la suite des siècles, allait associer au souvenir de la Pucelle l’éclat des pompes religieuses.

Le budget municipal couvrait les frais. Autour des châsses des saints, il fallait des torches : la ville, pour cette cire, s’endettait de cent huit sols : elle adjugeait quatre sols à « Jacquet le prestre » pour le salaire des porteurs de torches, et puis quarante-huit sols, encore, pour les porteurs de châsses, pour les sergents qui maintiendraient la foule, pour les sonneurs de clochettes qui la feraient s’agenouiller, Le cortège s’en fut aux Tourelles, là où Jeanne avait battu l’Anglais ; on revint à Saint-Paul, tout comme Jeanne l’année d’avant, saluer Notre Dame des Miracles ; et puis on rejoignit le cloître Sainte-Croix, la cathédrale, pour un sermon, pour une messe.

Le sermon dut avoir un accent de triomphe, pouf la merveilleuse façon dont la ville avait été sauvée ; mais la merveille, elle avait un nom, c’était Jeanne ! Comment par la de Jeanne le prédicateur de 1130 ? On voudrait le savoir, et savoir, plus encore, comment la chaire parlera d’elle, au lendemain du bûcher. Mais nos curiosités sont ici mortifiées : les seuls documents qui nous restent nous conduisent, non point au pied de la chaire’, mais au guichet du comptable municipal, qui faisait signer, à l’orateur une quittance de seize sols, prix de son sermon [1].


On doit avoir grande dévotion à la dite procession. Par reconnaissance pour la grande grâce que Dieu a voulu faire et démontrer en gardant Orléans des mains de ses ennemis, que la sainte et dévote procession soit continuée et non pas délaissée, sans tomber en ingratitude, par laquelle viennent beaucoup de maux. Chacun est tenu d’aller à la dite procession et de porter luminaire ardent en sa main.

  1. Journal du siège d’Orléans, édit. Charpentier et Cuissard, p. 207-266. Orléans, 1896.