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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/167

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bons éléments, de les organiser, de les armer et de les leur envoyer encadrés. C’était impossible, déjà par la seule raison que nous ne devions pas nous mêler de la question politique et intervenir dans les discussions intestines des partis. Qui a vu ce qu’étaient devenus les braves contingents russes employés en France, alors que la folie les eut gagnés, me comprendra sans peine.

Quelques centaines furent recrutés par des officiers russes dans les camps pour faire partie des corps de la Baltique, dont le premier fut le corps Lieven et que l’on désigna plus tard sous le nom synthétique de corps Bermont.

Dès juillet 1919, des généraux russes qualifiés pour parler, revenant de Paris, m’avaient dit : « Nous allons opérer dans les provinces baltiques vers Pétrograd. Nous recruterons des volontaires dans les camps. Les Allemands nous fourniront tout le matériel et les armes nécessaires. Ils nous fourniront également autant de soldats que nous voudrons. Ils serviront sous nos ordres comme lansquenets et nous les paierons par des concessions de terre. »

Ce fut le début de la grande entreprise allemande que dirigea von der Goltz avec l’appui enthousiaste de toute la nation et l’encouragement du gouvernement et qui fut près d’aboutir. Le rêve allemand depuis longtemps était de faire de toutes les provinces baltiques russes une terre allemande, et l’appui des puissants barons baltes de ces régions était un fort à tout dans leurs mains. Ils auraient réussi, s’ils y avaient mis plus de discrétion. S’ils avaient choisi des généraux russes d’un peu de renom qu’ils auraient facilement trouvés, car l’Allemagne seule servait alors de refuge à tous les Russes que tous les pays repoussaient, même s’ils présentaient toutes les références ; s’ils avaient, derrière ce paravent, constitué les E.-M. avec leurs officiers, camouflé en Russes leurs officiers de troupe, le tour était joué. Les faibles gouvernements letton, esthonien, lithuanien rentraient dans le néant dont ils étaient à peine sortis, et l’Europe se réveillait avec une Allemagne s’étendant jusqu’aux portes de Pétrograd. Mais ils furent maladroits, comme il leur arrive souvent, heureusement. Ils n’acceptèrent comme chefs russes que des aventuriers. La direction fut prise ouvertement par le général von der Goltz, les corps conservant leur nom allemand, sixième corps de