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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/165

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Russes étaient abandonnés en plein champ, sans vivres, sans vêtements, au cœur de l’hiver, à des distances considérables de toute tête de ligne russe. Les membres des Croix-rouges neutres ont fait à ce sujet des rapports navrants sur la détresse épouvantable de ces malheureux. Je n’éprouvai plus de scrupule à faire arrêter ces transports.

De plus, les Allemands avaient transporté de force des officiers russes vers l’Est et jeté ceux-ci dans les bras des bolchévistes, qui les exécutaient sans pitié. De nombreux officiers russes vinrent me trouver pour me demander protection, et le maréchal Foch prescrivit de suspendre les transports. Il constitua également les officiers généraux alliés qui se trouvaient à ce moment à Berlin en commission pour les prisonniers russes, et nous choisîmes pour président le général anglais Ewart, qui s’était occupé de la Croix-Rouge pendant la dernière année de la guerre et qui fut bientôt remplacé par le général Malcolm, de même nationalité. A ce moment, le nombre de Russes qui nous fut donné était de 650 000.

Néanmoins, je constatais que les transports continuaient malgré la défense faite, en dépit des dénégations allemandes. Exactement huit jours après avoir reçu le renseignement donnant le nombre ci-dessus, je demandai au délégué allemand, en séance de la commission, s’il le confirmait. Il me répondit : « Non, nous avions dit environ 650 000 ; mais, en fait, nous estimons à 250 000 le nombre exact ! »

Je reconnais que, dans le désordre d’alors, nous ne pouvions exiger une grande précision ; néanmoins, l’écart était un peu fort. Les Russes, privés de travail par le retour des Allemands, avaient reflué dans les camps où ils vivaient dans une misère noire. Beaucoup ont péri alors. Quelques centaines ont été tués dans les troubles. Plusieurs milliers sont partis, qui par la Pologne où s’établit bientôt un barrage sérieux, qui par la Bohème où on les reçut tant qu’on pouvait, mais le pays en fut bientôt encombré. Cependant les transports avaient cessé, et, depuis le mois de février 1919 jusqu’à la fin de l’année, nous n’avons pas eu connaissance qu’ils aient repris.

Il s’agissait d’abord de nourrir ces 250 000 hommes, puis de les rapatrier. La première tâche fut bien remplie. Des centaines d’officiers américains, de nombreux officiers anglais, quelques officiers français furent mis à notre disposition par