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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/15

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revenait-il toujours à viser ce qu’il savait être le cœur de la coalition, en reprenant ses tentatives « colossales » contre la France : la Marne, Verdun, la bataille de France. Tout le monde connaît ces dates : 1914, 1916, 1918, et tout le monde a remarqué qu’entre chacun de ces millésimes fatidiques la différence, est de deux années. C’est toujours le retour sur celle que Guillaume II a appelée « notre principal ennemi. »

C’est que les Allemands connaissent leur histoire ; ils savent ce qu’est une coalition et se rappellent qu’en 1813, en 1814 et en 1815, il s’est rencontré une nation dont l’ardeur, le patriotisme et la valeur militaire ont formé le ciment du bloc : ce fut la Prusse. L’histoire se continue : c’est bien encore une coalition qui vient de vaincre l’Allemagne et dans cette coalition une nation a joué le rôle prépondérant, sur terre du moins : la France a fourni la masse principale des armées combattantes en même temps que sur tous les fronts son corps d’officiers formait le ciment de la coalition. Rôle grandiose qui mérita au corps des officiers français l’insigne honneur de voir choisir dans ses rangs le chef suprême, le grand coordonnateur de l’effort général, de l’effort décisif.


II. — L’INSTITUTION

Des services de cette ampleur, soutenus sans défaillance pendant quatre années et plus, attestent la solidité d’un organisme ; ils dépassent le rendement de quelques personnalités ; ils auraient même rapidement épuisé une élite restreinte et c’est donc que l’élite avait le nombre et qu’elle remplissait l’organisme entier.

Il faut des années et des années pour former un organisme d’élite et ce travail est lui-même inspiré, dirigé ou, comme on dit, conditionné par une institution. Pour expliquer l’effort de la grande guerre, il faut se placer en face de l’institution même et examiner ce qu’étaient le recrutement de notre corps d’officiers, sa formation professionnelle et son ressort moral.

Le corps des officiers français comprend les officiers de carrière et les officiers de complément. Ceci n’a rien d’original. L’originalité commence avec le mode de recrutement de ces officiers.

Pour les officiers de carrière, sept écoles : Saint-Cyr, Saint-Maixent, Polytechnique, Fontainebleau, Versailles, Vincennes,