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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/13

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seules les armées française et italienne ont des méthodes d’organisation et d’instruction adaptées dès le temps de paix au régime du service obligatoire, méthodes qui ont fait leurs preuves. Mais l’armée italienne n’est entrée en ligne qu’en 1915 ; elle ne sera que beaucoup plus tard en guerre avec le plus redoutable ennemi de la coalition, enfin son théâtre d’opérations principal est isolé par les conditions géographiques.

C’est donc à l’armée française qu’on s’adressera et, comme les services qu’on peut en réclamer sont du domaine de l’organisation, de l’instruction et de l’emploi, c’est le corps d’officiers qui en supportera presque exclusivement le poids.

Un chiffre tout de suite pour mesurer l’intensité de ce nouvel effort : plus de 3 700 officiers français ont été employés dans les armées alliées. Et quelles qualités devaient posséder ces officiers ! La plus forte proportion devait connaître une langue étrangère, presque tous être aptes à se plier aux fonctions les plus diverses, posséder l’endurance de supporter un régime de vie parfois totalement différent de celui auquel ils étaient habitués, avoir le tact que réclame le contact des étrangers. On a trouvé ces 3 700 officiers ; les résultats obtenus les montrent à la hauteur de leur tâche ; la bonne harmonie entre troupes alliées, qui eut une si grande influence sur les succès de 1918 en Occident et en Orient, atteste le succès de leur œuvre.

Je reconnais que le corps d’officiers allemands eut à accomplir une tâche analogue. Mais avec quelles facilités ! Là les alliés étaient à proprement parler des vassaux et les missions allemandes venaient non pour aider, mais pour exercer le commandement : Mackensen, Falkenhayn, Below commandaient, leurs officiers commandaient.

Les officiers français arrivaient en camarades envoyés chez des camarades ; les rapports entre les armées alliées se traitaient sur le pied d’égalité parfaite et nos officiers se montraient heureux toutes les fois qu’ils pouvaient nous signaler des procédés étrangers dont nous puissions en retour faire notre profit ; ainsi avons-nous demandé à l’armée britannique ses méthodes pour l’instruction des grenadiers et l’initiation à la manœuvre des tanks, tandis que nous lui passions nos procédés déformation des vagues d’assaut et nos méthodes de réglages.

Savoir servir le pays, tout-en le faisant aimer, cela est