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grandeur et de la force allemandes ; c’est-à-dire, pour parler net, la qut^stion des frontières de l’Allemagne.

Jusqu’à présent, la Conférence s’est occupée de tout, excepté de cela. Elle s’est occupée de l’attribution des colonies allemandes , pour décider, semble-t-il, qu’elles seront remises en dépôt à la Ligue _ ou Société des nations, qui en confiera l’administration, la « ges. , tion, » à telle ou telle Puissance possédant en propre une colonie , voisine. Elle a mis à l’étude les responsabilités, les réparations, la législation internationale du travail. Elle a constitué une Commission financière interalliée ; Elle s’est engagée dans une enquête sur la Pologne, ce qui est peut-être le plus sûr moyen de ne plus se tirer de la question polonaise, et convoqué une sous-conférence sur la Russie dans l’île de Prinkipo, ce qui est peut-être le plus sûr moyen d’éterniser la tragédie russe. En liant avec les bolcheviks, si indirectement que ce fût, cette étrange conversation, elle a compromis son autorité, elle leur a rendu de l’audace : ils l’en remercient par des sarcasmes, et raillent comme une faiblesse sa condescendance. Elle a entendu successivement l’exposé des revendications tchécoslovaques, roumaines, serbes, helléniques, arabes, et elle n’en est qu’au départ. Elle doit savoir où elle va, mais elle seule le sait. Elle marche en spirale. Sa méthode, au dehors, a lallure d’une absence de méthode. Elle fait ce qu’on n’attend pas, ne fait pas ce qu’on attend, attend pour faire ce qu’on désirerait qu’elle fît sans attendre. On a l’impression qu’elle bâtit sur des hypothèses, et néglige le terrain solide. Autour d’elle, on s’étonne, on s’inquiète presque, et c’est lui marquer de la déférence que de ne pas le lui cacher.

La Chambre des députés s’est fait honneur de recevoir, en une séance si extraordinaire qu’on n’en avait pas vu de pareille depuis la Convention, le Président des États-Unis. Nous ne ferons pas à M. Paul Deschanel le compliment banal de dire que cette visite lui a procuré l’occasion de prononcer un beau discours. Il a derrière lui une carrière trop pleine des plus éclatantes satisfactions oratoires pour ne pas savoir que nous sommes à une heure où il faut dédaigner l’art qui ne serait que de l’art et ne mettre dans sa voix que la simplicité et la vérité des choses. Louons-le, comme il le mérite, d’avoir dit parfaitement ce que, dans la circonstance, il y avait à dire, sur un ton dont son auditoire a apprécié la justesse et goûté les nuances : « A vos yeux comme aux nôtres, a-t-il rappelé à M. Wilson, la condition première, le fondement même de l’organisation nouvelle