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Page:Revue des Deux Mondes - 1919 - tome 49.djvu/715

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le moment aussi où nous en avions le plus grand besoin, et il conviendrait de ne point oublier que la plus grande partie de ce matériel allemand est exigible, sans débat et sans délai, en substitution ou en restitution du matériel français et belge qui nous avait été volé. Évidemment, il y a une chose à laquelle l’Allemagne n’était pas habituée, mais à laquelle il faudra bien qu’elle se plie : c’est à être traitée en vaincue. Pour qu’elle s’y fasse, il suffira que nous acquérions, nous, et que nous ne perdions plus l’habitude de traiter en vainqueurs. L’Allemagne a vécu quarante-huit années de ses victoires de 1864, de 1866 et de 1870 : loin de nous toute pensée d’imiter son arrogance, sa dureté, sa mauvaise foi ; mais ce n’est plus sur les positions de 1870 que le monde va se reconstruire et vivre ; c’est sur celles de 1918. Entre ces deux dates, qui marqueront à jamais dans l’histoire, il y a eu la guerre, et l’Allemagne serait mal fondée à s’en plaindre, puisqu’elle l’a cherchée, l’a voulue, Ta rendue inévitable. Qu’elle subisse donc la loi qu’elle-même a faite et la destinée qu’elle-même s’est faite.

Mais n’a-t-on pas senti, dans le langage de M. Mathias Erzberger, un changement de ton ? Il ne le prenait pas si haut le 11 novembre, ni même le 17 décembre ! Non seulement il proteste maintenant, mais il attaque, il accuse : « Le peuple allemand veut la paix. Les gouvernements alliés ont voulu autre chose. » Il ose afûrmer que « les Français ont violé systématiquement la convention. » Leur attitude en Alsace-Lorraine a « rempli d’indignation » les bons Allemands, scrupuleux observateurs des formes et des procédures juridiques. Protestation contre le régime des communications d’une rive à l’autre du Rhin, protestation contre la dictature financière et économique de l’Entente. Au lieu de répondre aux questions qu’on lui a posées, M. Erzberger en pose à son tour, ou, plus exactement, avant son tour. Il en pose trois. « Quand lèverez-vous le blocus ?

— Quand allez-vous nous rendre nos prisonniers ? — Quand serons-nous en état de signer les préliminaires de paix ? Plus de six fois, e gouvernement allemand a demandé à faire une déclaration au sujet de la conclusion de la paix préliminaire, il n’a reçu aucune réponse. » Comme on le voit, c’est assez aigre. Et cela continue par de grandes phrases, pour s’achever presque par de gros mots. « Le peuple allemand, prononce M. Erzberger, est en droit de considérer que cette manière d’agir rend impossible une réconciliation entre les peuples, et que, pour une pareille attitude, il n’y a ni oubli ni pardon. »