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Page:Revue des Deux Mondes - 1919 - tome 49.djvu/484

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dont, jusqu’à plus ample informé, il convient de tenir quelques-uns pour absurdes ? Ce qu’on voit suffit, et ce qu’on voit, c’est que le bolchevisme russe se montre agressif au Nord-Ouest et à l’Ouest, qu’il tente de ce côté un gros effort de propagation et de contamination. Il est urgent de couper les fils. Ni l’Europe, ni le monde même, ne connaîtraient plus de repos si la conjonction s’opérait de l’Allemagne restée, quelque républicaine qu’elle se dise, militariste dans les moelles, et de la Russie bolcheviste, si l’on jetait sous cette machine énorme, qui serait vite remontée, cette masse colossale de matière première. Pour empêcher que la fabrique de poisons ne fonctionne, décidons-nous à éteindre le foyer. Sans entamer une expédition, dont les conséquences seraient malaisées à limiter, on peut le circonscrire, et l’étouffer en l’isolant, par une pression concentrique.

Cette pression mesurée, mais persévérante et croissante, il y a plusieurs mois que nous l’avons recommandée ici, d’après la carte elle-même, et en relevant à la périphérie de l’immense Empire, les points d’où nous étions à portée d’agir. Mais pour l’action convergente qu’il faudrait, peut-être y a-t-il entre les Alliés trop d’intentions, nous ne voulons pas dire divergentes, mais médiocrement cpordonnées. Depuis trois ans, et parmi les premiers, nous avons réclamé à cette place, outre l’unité de commandement, l’unité de gouvernement. L’une n’était pas plus nécessaire que ne l’est l’autre. L’unité de commandement nous a fait gagner la guerre ; seule, l’unité de gouvernement pourra nous faire gagner la paix. Certes, il ne faut pas se payer de mots, et « l’unité de gouvernement, » qu’est-ce à dire ? Nous n’accepterions pas, il n’est pas possible d’accepter, et pas une nation n’accepterait, qu’un gouvernement autre que le nôtre, une sorte de sur-gouvernement, parlât et traitât pour nous. Mais personne n’y songe. Il y aurait unité de gouvernement suffisante, au profit commun de l’Entente comme au profit particulier de chacun des associés, dès qu’il y aurait unité de volonté. Et il y aura l’unité de volonté nécessaire, si, dans toute l’Entente et chez chacun de ses membres, nous savons maintenir et raviver l’état d’âme de la victoire. Ne nous faisons pas peur de notre joie et ne faiblissons pas devant notre fortune.

Charles Benoist.

Le Direxteur-Gernni :

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