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J’entends d’ici les diplomates du café du Commerce se récrier, en goguenardant, que le Congrès a bien d’autres chats à fouetter et que les intérêts économiques, politiques, historiques et géographiques en présence ont de quoi absorber suffisamment le zèle et l’attention des congressistes pour qu’ils n’aient point le loisir de s’attarder à de chétives questions d’almanach.

À cela je répondrai respectueusement ceci : d’abord, s’il est vrai que la réforme du calendrier n’est pas d’une importance vitale pour les hommes, c’est une raison tout justement pour la mettre aussitôt en tête de l’ordre du jour. L’histoire montre en effet, et aussi la psychologie, que les grands problèmes, les problèmes de première importance, ceux où les intérêts et les passions sont violemment en présence, sont par cela même les plus difficiles à résoudre. Les petites questions sont en réalité les seules qu’on puisse aborder avec chances de succès et résoudre quelquefois. Un pays ou un homme qui n’aborderait que les grosses, les très grosses questions, seraient sûrs de rester en arrière et de n’en résoudre aucune, et ceci est vrai dans la science, dans la métaphysique comme dans la politique. Mais revenons au calendrier dont ces considérations nous éloignent moins qu’il ne paraît.

La preuve que son importance n’est d’ailleurs pas si minime, c’est que César lui-même, et plus tard un des plus grands Papes, et plus tard encore, la Convention, cet autre César, daignèrent attacher leur intelligence à le perfectionner. La preuve, c’est que, lorsqu’on fit en Angleterre le passage du calendrier julien au grégorien et que la date sauta soudain d’un trimestre, le peuple fit une émeute aux cris mille fois répétés de : « Rendez-nous nos trois mois. » Ce fut une belle et imposante manifestation prolétarienne. Les mauvaises langues supposent d’ailleurs, qu’y prirent part diverses grandes dames de l’aristocratie dont ce vieillissement imposé de 3 mois chiffonnait la coquetterie. La preuve… j’en pourrais donner mille autres ; mais je veux me borner à signaler les principales défectuosités du calendrier actuel, avec l’espoir que ces défectuosités sont suffisamment peu importantes pour que leur redressement ne risque pas de heurter, et de hérisser, de mettre en défense trop d’intérêts et d’habitudes.

Tous les ennuis de l’almanach, toutes les complications, les irrégularités des multiples calendriers usités, périmés ou proposés proviennent d’une part de ce qu’il n’y a pas de commune mesure entre le jour, le mois lunaire et l’année, ou, pour parler plus simplement :