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être avancées et se faire dès le 19 janvier. Évidemment, dans le Congrès des conseils d’ouvriers et de soldats, dans le Comité exécutif, dans le Directoire même, les choses ne vont pas toutes seules : au dehors s’amassent des visages grimaçants et menaçants. Dans la mesure où ces mouvements des comités de BerUn ne sont pas réglés comme des figures de quadrille, on peut y discerner la lutte d’une espèce de bolchevisme à la prussienne contre le bolchevisme à la russe. Nous serions portés à adm-ettre qu’au début il y eut consentement. ou connaissance, et connivence, sinon complicité, entre le commandement qui sentait son autorité s’évanouir et voulait sauver de la discipline ce qui pouvait en être sauvé, et les premiers conseils d’ouvriers et de soldats, fortement encadrés d’officiers et de sousofficiers. C’était s’efforcer de substituer à la hiérarchie défaillante un ersatz, une m.anière, un minimum d’ordre militaire indh-ect ; tordre la tige de l’armature pour la conserver. On le raconte tout bas de Ludendorff etdu front occidental ; on le dit tout haut de Falkenhayrt et du front d’Orient. L’erreur a été d’espérer qu’on pourrait faire au bolchevisme sa part ; mais tout de même, jusqu’à un certain point, contre le virus du bolchevisme à la russe, le bolchevisme à la prussienne a été un vaccin. L’instinct le plus puissant de la race allemande, qui est d’obéir, réagit.

Derrière tous les particularismes, et dessous, — particularismes de région, projets de république bavaroise, de république rhénane et westphahenne, ou particularismes de partis, programmes des majoritaires etdes indépendants, — gît et perce un unique souci : 1e maintien de l’unité. L’unité allemande est le trait commun, la ligne fondamentale des plans, soit du gouvernement d’empire, soit de la future république populaire, sociale ou socialiste, dans le Sud comme dans le Nord, de Kurt Eisner comme d’Ebert, et de Liebknecht demaiii comme de Kurt Eisner aujourd’hui. Le maintien de lunité prime tout : à cet égard, Deutsddand, Deutschland ûber ailes ! Maintenir l’unité, quel que soitle régime, tel est en dernière analyse le rôle réservé à l’armée ; c’est pourquoi l’on sait et l’on témoigne à Hindenburg tant de gré de l’avoir elle-même maintenue ; et pourquoi l’on reçoit sous des arcs de triomphe ces soldats que l’on grise de l’illusion qu’ils n’ont pas été battus. Il est bon que nous le sachions ; que, le sachant, , nous ne l’oubliions pas ; et que, ne l’oubliant pas, nous montions, de Cologne, de Coblence et de Mayence, toutle temps qu’il le faudra, une garde vigilante au Khin.

Tandis que la nouvelle Allemagne se cherche, la nouvelle Europe