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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/959

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prescription pour la Finlande, pour les provinces baltiques, pour la Pologne, pour l’Oukraine, pour Odessa, pour la Crimée, pour la Caspienne et le Caucase. Elle fait éclater aux yeux de l’univers qu’il n’y a point de « paix orientale, » que les prétendus traités de Brest-Litovsk et de Bucarest n’ont été que de vilaines, mais vaines simagrées; que les Empires, malgré ce qu’en a dit le comte Hertling, n’ont la paix ni avec la Russie, ni avec la Roumanie, et que tout le compte reste à régler en bloc.

Plus loin et plus lentement, la capitulation bulgare peut avoir, en outre, des contre-coups sur l’Autriche-Hongrie, qu’elle découvre d’un côté où la Double Monarchie est très vulnérable, fragile, chancelante, minée, déchirée; sur l’Egée et Salonique, qu’elle restitue à l’hellénisme, et par conséquent sur la Grèce à qui elle prouve qu’un grand patriote a fait pour elle le meilleur choix ; sur la Serbie, Vieille et Nouvelle, dont elle consacre l’unité; sur les Yougo-Slaves, devant qui elle aplanit les voies et qu’elle conduit où les poussent leurs aspirations. Elle peut en avoir sur l’Adriatique; de même que, sur la Mer-Noire, elle brise, à l’Est, la Mittel-Europa, de même elle coopère à la briser à l’Ouest, en son noyau et sur son axe, à faire qu’il n’y ait pas plus de ligne allemande continue Hambourg-Trieste que de ligne continue germanisée Hambourg-Bagdad. Ainsi la capitulation bulgare retentit sur la situation de l’Allemagne elle-même et creuse une brèche de plus dans la position Hindenburg; et ainsi nous sommes invités à en vérifier, par un examen minutieux, le titre et la qualité.

Nous avons dit que, lorsqu’elle a été connue, le premier mouvement en Allemagne fut de nier et de se moquer. En France, avant de se réjouir, le premier mouvement fut de se méfier. On se méfiait du peuple et du prince, des Bulgares et de Ferdinand, de ces Touraniens mal slavisés et de ce tiranno mal modernisé. Qu’est-ce que cette démarche pouvait cacher? On soupçonnait un piège, et l’on se demandait lequel : piège militaire, piège diplomatique?

Ce pouvait être un piège militaire. Peut-être le Bulgare se proposait-il de donner, par une suspension d’armes, à des renforts appelés et attendus, quarante-huit heures pour arriver? Peut-être même méditait-il, avec plus de noirceur, de nous attirer, si nous ne nous arrêtions pas, vers les troupes de secours que Mackensen devait amener? Il fallait seulement que Mackensen eût des troupes à amener, c’est-à-dire qu’il en eût trop pour contenir ou surveiller la Roumanie, ou que l’Autriche disposât, pour d’autres, de renforts qu’une charité bien ordonnée lui