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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/955

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pourtant cette prostration « dépassait de beaucoup ses limites légitimes. » — « Certainement, disait-il, notre grande offensive ne nous a pas donné le succès espéré... La direction de l’armée s’est vue amenée à reporter sur les positions Siegfried nos lignes poussées plus en avant. » — Mais que l’Allemagne n’aille pas se décourager, qu’elle n’aille pas tomber dans le plus noir péché d’ingratitude. « Comment le peuple allemand va-t-il se comporter devant ces faits? Va-t-il peut-être, plein d’angoisse, implorer sa grâce? Non, Messieurs. Il restera debout et ne s’humiliera pas. » Seulement le cœur allemand s’attendrit. Il est temps, pour les autres; « d’en revenir à la raison et de terminer la guerre avant que la moitié du monde soit devenue un monceau de ruines et que la fleur de l’humanité soit abattue. » La conscience allemande s’échauffe. Elle brûle d’ « intervenir loyalement et énergiquement pour la liberté et la justice. »

Tout cela, et tout le reste de l’oraison de M. de Hertling, est négligeable. Répétons que, dans son ensemble, elle ne vaut que comme collection de symptômes, mais que c’en était, au 24 septembre, une belle collection. Ainsi qu’elle et plus qu’elle encore, les autres discours, ceux du ministre des Affaires étrangères, des militaires et des marins, sont aujourd’hui sans intérêt. Tout cela, toutes ces choses et tous ces hommes, est rétrospectif et pour ainsi dire posthume. Le souffle n’était pas refroidi, on n’avait pas cessé d’épiloguer sur le sens et les intentions, que déjà ces mots ne comptaient plus, que ce n’étaient plus que des voix de fantômes.

Le jeudi 26, en effet, un officier bulgare se présentait en parlementaire à nos avant-postes, et demandait une suspension d’armes; le surlendemain, samedi 28, arrivèrent à Salonique les trois plénipotentiaires, et, le dimanche 29 au soir, la convention était signée. On la connut à Paris le lundi 30 ; et tout aussi vite à Berlin. Le premier mouvement à Berlin fut de nier : c’était une imposture, la Bulgarie n’abandonnerait pas l’Alliance ; mais le second mouvement mit à terre le Chancelier et le ministre des Affaires étrangères. Le comte Hertling et l’amiral de Hintze étaient malades des défaites allemandes, ils sont morts de la déroute bulgare. Associées dans le crime, l’Allemagne et la Bulgarie le sont dans l’expiation; leurs fortunes se commandent, leurs destinées s’enchaînent; la chute de l’une annonce l’ébranlement de l’autre; elles sont solidaires, et l’on ne saurait les séparer dans le récit qu’on fait de leur décadence, même quand on distingue et subdivise pour plus de clarté. Mais ce n’est que pour plus de clarté que, sans toucher à leur