Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/928

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’aimer. Jusque dans les trois opéras de Bellini les plus fameux et « les plus riches de substance immortelle, » M. Pizzetti reconnaît « l’absence ou la rareté des savantes élaborations techniques, des opulentes polyphonies instrumentales et des complications harmoniques ; l’abondance, au contraire, d’accompagnements simples à l’excès, voire de périodes mélodiques enfermées dans le cercle de formules et de cadences élémentaires. » Oui, même Norma, la Somnambule, et surtout les Puritains, témoignent trop souvent de cette pauvreté. Mais, chose curieuse, une œuvre antérieure, et plus inférieure encore à celles-là, le Pirate, avait donné d’autres espérances. M. Pizzetti ne craint pas d’assurer que le finale du premier acte, ou tout au moins certain quintette qui le précède, ne serait pas indigne d’être signé par le Spontini de la Vestale, voire par le Beethoven de Fidelio. La seconde assurance est peut-être téméraire. Une autre semble plus recevable : c’est que le quintette en question, par l’ordonnance et la structure, par les imitations, le contrepoint et l’agencement des « parties, » est d’un genre, ou d’un style, où le « compositeur, » dans le sens étymologique de ce mot, n’était pas, contrairement à l’opinion commune, incapable d’atteindre. S’il y a renoncé tout de suite, s’il n’a plus jamais écrit un morceau comparable ou seulement analogue au « pezzo concertato » du Pirate, ce serait donc moins par impuissance que par abstention volontaire, instinctive, par l’idée ou l’idéal qu’il se faisait du drame musical et par la conscience qu’il portait en lui de la nature et de l’essence même de son génie.

« Le drame musical, » écrivait un jour Bellini, « doit faire pleurer, trembler, mourir, par le chant, » (Encore, toujours la recherche exclusive de la sensibilité poussée au paroxysme, à la frénésie.) « Les artifices musicaux sont mortels à l’effet des situations… Poésie et musique, pour produire leur effet, ne demandent que le naturel, et rien d’autre. Celui qui s’en éloigne est perdu et finira par mettre au jour une œuvre pesante et stupide. Elle ne plaira qu’au monde des pédants, jamais au cœur, ce poète, qui reçoit directement l’impression des passions. Si le cœur est ému, il aura toujours raison contre toutes les paroles du monde, lesquelles ne prouveront pas seulement un iota. »

Qu’un musicien tel que Bellini trouvât inutile, pour lui du moins, l’usage de la symphonie, de la polyphonie, du contrepoint, en un mot de tout élément, de tout ordre musical autre que la simple mélodie, cela s’explique et même, en quelque sorte, s’impose, par des raisons que notre confrère a fort bien saisies. « Purement lyrique (le