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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/92

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88 REVUE DES DEUX MONDES. — Oh ! papa, vous voilà bien attrapé ! J’ai fait exprès de vous amener. Et M, Bosengate aperçut au-dessus de sa tête son fils couché sur une basse branche, — comme un léopard, — déclarait l’enfant lui-même de peur qu’on ne s’y trompât. — Quel adroit petit luron ! — Laissez-moi tomber sur vos épaules, papa..., comme ils font sur les daims. Oh ! oui, papa, soyez un cerf... IVI. Bosengate ne se voyait pas être un cerf ; il venait de brosser ses cheveux. Cependant, plein d’élan, il pénétra dans la roseraie avec sa postérité. Sa femme s’y tenait exactement comme il l’avait imaginé ; dans une robe bleu pâle, le corsage découvrant le cou, séparé à la taille de la jupe plissée en accordéon par un étroit ruban noir. Elle semblait plus marmoréenne que jamais ; pourtant son sourire, lorsqu’elle tourna la tête à leur entrée, s’adressait assez particulièrement à JM. Bosengate. Il posa ses lèvres sur une des paupières baissées. Un parfum de roses émanait d’elle. Les enfants dansaient autour de leur mère, et M. Bosengate, fermement tenu par leurs petites mains, fut contraint de faire comme eux jusqu’à ce qu’elle prononçât : — Quand vous aurez fini, nous pourrons prendre le thé. Certes, ce n’était pas l’accueil dont il avait rêvé tout à l’heure dans sa voiture... Les perce-oreille abondaient dans le Pavillon d’été, qui servait peut-être deux fois par an, mais n’en était pas moins indispensable à une maison de campagne ; M. Bosengate ne fut pas fâché d’invoquer ce prétexte pour s’esquiver. Il éprouvait un certain dépit. 11 alluma sa pipe, et commença à aller et venir parmi les roses, soufflant son tabac sur les pucerons : en temps de guerre, on ne saurait rester oisif !... Puis, soudain, il dit : — Nous jugeons un pauvre diable de Tommy aux assises. Sa femme qui examinait une rose, leva les yeux. — De quoi est-il accusé ? — Tentative de suicide. — Et pourquoi a-t-il voulu se suicider ? — Il ne peut supporter d’être séparé de sa femme. Elle le regarda : un petit sourire contenu entr’ouvrit ses lèvres : — Oh ! mon amil