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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/918

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V

C’est ainsi dans l’ensemble un puissant effort fiscal que la France a réalisé ces deux dernières années : 3 077 millions de recettes nouvelles pour une année de guerre, — ce sera bien davantage en temps de paix, quand elle aura retrouvé ses provinces envahies et le plein essor de sa vie économique, — soit un supplément de plus des deux tiers des revenus fiscaux encaissés au cours de l’exercice 1913 (4 563 millions), sans compter les 605 millions de recettes exceptionnelles et temporaires de guerre. Tard venue à l’effort fiscal, elle s’y est du moins donnée avec énergie, elle a rattrapé le temps perdu, et elle continuera vaillamment l’œuvre commencée, avec d’autant plus de mérite que, de toutes les grandes Puissances belligérantes, elle est depuis quatre ans la plus éprouvée, comme elle était déjà auparavant la plus chargée d’impôts. Ses fils font largement leur devoir fiscal, comme ils font glorieusement leur devoir militaire.

Sans doute, ces résultats ne sont pas à comparer avec ceux qu’a obtenus l’Angleterre. Au budget britannique, les recettes ordinaires ont passé en quatre ans de 209 millions sterling (budget de 1914) à 542 (budget de 1918-1919), déduction faite de l’impôt sur les bénéfices de guerre ; elles se sont donc accrues de plus de deux fois et demie. Mais n’oublions pas que, sous la protection de son insularité, l’Angleterre a souffert moins que nous de la guerre, qu’elle était d’ailleurs bien plus riche et moins lourdement taxée, ce qui lui a permis de commencer plus tôt, et de continuer, sans trop en souffrir, à s’imposer des sacrifices supérieurs.

Les socialistes ont été parmi les premiers en France à pousser à l’impôt, au cours de la guerre : ne le leur reprochons pas ! Mais aujourd’hui ils critiquent avec âpreté, dans l’œuvre fiscale accomplie, la disproportion qui, d’après eux, existerait entre la part de charges demandée aux contributions directes et la part réclamée aux impositions indirectes. Ces dernières auraient été appelées à fournir jusqu’à 70 ou 72 pour 100 des recettes nouvelles : injuste et cruel abus, dont ils ont pris prétexte pour réclamer une surcharge de la « richesse acquise, » et tout dernièrement pour contraindre les pouvoirs publics à