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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/896

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communications maritimes, ni même une entrave réelle dans le passage de nos vaillants alliés à travers l’Atlantique. Mais, ainsi que le déclarait M. Georges Leygues, notre succès, « loin de nous autoriser à ralentir notre effort, nous commande de le redoubler, car l’ennemi va mettre en service de nouveaux submersibles et tenter une offensive où il jouera son va-tout. Nous devons être prêts à briser définitivement l’arme sous-marine qui est déjà fortement émoussée. »

Les leçons de cette guerre établissent qu’elle est, avant tout, une œuvre d’imagination. Il faut jeter beaucoup d’idées dans le sillon, qui les fait germer, puis les débarrasser de l’ivraie et sarcler les plants robustes, pour que jaillisse la moisson féconde des épis. Or, s’il est un domaine où l’invention scientifique et l’ingéniosité, la plus primitive soit-elle, paraissent devoir exercer leur influence déterminante, c’est bien celui de la guerre sous-marine où tout est ruse, embûches, guet-apens, comme aux âges préhistoriques des luttes entre les hommes lacustres, mais aussi où tout ce qui combat dispose des engins les plus modernes et les plus perfectionnés. Aussi notre premier hommage doit-il s’adresser aux dirigeants des Amirautés alliées, à ces médecins qui, penchés sur le chevet du malade, ont trouvé l’antidote au poison subtil, à ceux qui ont réparé la brèche que creusaient dans le cœur des navires portant notre sang et nos richesses, le microbe le plus meurtrier.

Le plus grand service que nous aient rendu les marines alliées, et en premier lieu l’Amirauté britannique, est de n’avoir point désespéré. Il a fallu à la nation anglaise une grande force d’âme pour partager la sereine confiance de M. Lloyd George et de son gouvernement devant la destruction de sept millions de tonnes de navires au 31 décembre 1917, ce qui représente le tiers de l’immense flotte d’avant-guerre du Royaume-Uni.

Le jour de la fête de l’Indépendance américaine, accoudé au péristyle du Ministère de la-Marine, je regardais défiler d’un pas souple les bataillons des Etats-Unis. Autour de M. Georges Leygues se tenaient groupés les chefs de notre Marine, les amiraux de Bon, Tracou, Salaün et les attachés navals étrangers. Je lisais sur leur visage la joie d’assister à cet événement mémorable. Tandis que parvenaient jusqu’à eux les rumeurs enthousiastes de la foule parisienne, je devinais leur pensée : « Oui,