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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/885

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réparer une brèche causée par une torpille ; son équipage racontait que le sous-marin qui l’avait avarié avait été pris à partie par les patrouilleurs qui avaient réussi à le couler. Cet exemple ne constitue pas une exception. Les commandants allemands se rendent de mieux en mieux compte du danger qui les attend, lorsqu’ils décèlent leur présence au milieu d’un convoi. Il en résulte une nervosité dont se ressentent leurs attaques : celles-ci n’ont plus cette sûreté qui les caractérisait autrefois, quand la grenade sous-marine n’était pas connue.

L’Amirauté germanique sent tout l’intérêt qu’il y aurait pour elle à revenir à l’usage du canon. Elle a jeté sur la route de l’Atlantique des croiseurs submersibles armés de pièces de 150, dans l’espoir qu’ils pourraient renouveler sur des navires isolés leurs exploits d’antan. Par bonheur, l’expérience prouve que nos cargo-boats peuvent se défendre même contre les nouveaux corsaires. Outre que les cargos ont sur ces derniers l’avantage de la commande de l’artillerie, ils sont beaucoup moins vulnérables qu’eux. Un obus dans les superstructures n’empêche point un vapeur de continuer sa route, tandis que la moindre perforation de la coque sera fatale au bâtiment sous-marin.

Il n’est donc point douteux que nous ayons atténué les effets destructifs des submersibles ennemis. Si l’on prend la peine de suivre la carrière de quelques-uns d’entre eux, on s’aperçoit que plus de trente sous-marins ont été coulés dans les trois premiers mois de leur mise en service. Ce sont surtout les commandants inexpérimentés qui paient les frais de la guerre. Le nombre des « as » allemands tend à se réduire. Depuis qu’ils sont gênés par notre défensive, les commandants et les équipages n’ont plus le loisir d’acquérir cette virtuosité que possédaient leurs aînés. Ajoutons d’ailleurs que ceux-ci, la devaient surtout à la certitude de l’impunité. Celui qui, en plein jour et par mer calme, a coulé la Lusitania a perpétré son forfait sans même avoir le mérite d’accomplir une opération militaire dangereuse ou même difficile. C’est le cas pour la plupart de ces commandants de sous-marins allemands, dont la liste, hélas ! commence par un nom de chez nous : Arnaud de la Perrière, commandant de l’U-35, se targue d’avoir englouti plusieurs centaines d’existences humaines à bord de nos vaisseaux. Le kaiser lui a exprimé sa reconnaissance pour avoir