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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/868

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paquebots, nos cargo-boats, nos voiliers, jusqu’à nos bateaux de pêche, continuent, malgré la menace des corsaires, leur route hasardeuse, et peu à peu les marins alliés s’ingénient aux procédés de destruction de sous-marins que nous avons précédemment exposés.


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Le 7 novembre 1915, étant à Philippeville, je perçus dus coups de canon sourds provenant du large. Les habitants de la petite ville africaine n’en avaient point entendu depuis le 2 août 1914, date où le Breslau était venu bombarder leurs rivages. Ils apprirent ce jour-là qu’un submersible allemand, ayant coulé un navire devant les jetées, était présentement occupé à détruire le sémaphore du Cap de Fer. Une escadrille germanique avait, en effet, franchi le détroit de Gibraltar. Étant tombée sur le Marcian, dans la nuit du 2 au 3 novembre, l’une des unités de la flottille avait été accueillie par des feux d’artillerie et avait dû abandonner le transport anglais qui rentrait à Oran avec une trentaine de tués et de blessés. Alors, elle avait poursuivi sa route, et détruisait maintenant tous les navires qu’elle rencontrait le long du littoral fréquenté de l’Algérie : notamment le Calvados, le Tornio, le Woodfield, le Sidi Ferruch, l’Yser.

Le Calvados était parti de Cette à destination d’Oran, transportant un bataillon du 4e tirailleurs. La rencontre se produisit le 4 novembre, à l’ouvert du détroit de Gibraltar. L’allemand fonça sûr le Calvados, et ouvrit le feu à grande distance. Un coup de canon trouait les tuyaux de la sirène, et la vapeur s’échappait avec violence. Les obus pleuvaient sur le pont : l’un d’eux atteignit le paquebot au-dessus de la flottaison. Il n’y avait pas un seul canon à bord pour riposter au pirate. Le Calvados n’avait même pas la ressource d’appeler à l’aide ; il possédait bien une cabine de T. S. F. mais aucun opérateur. L’évacuation du navire fut ordonnée. Pendant qu’elle s’achevait, le sous-marin plongea et défila lentement à 100 mètres du Calvados, de bâbord à tribord, périscope haut, et envoya sa torpille, alors qu’il restait encore plus de 400 personnes sur le pont. Le récit de ce sinistre n’a jamais été publié ; mais nous ne sommes plus à l’époque où Darius faisait fouetter la mer pour la punir de n’être pas soumise à ses