Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/806

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’uniformes tout battant neufs, attendent la formation d’un détachement volant, pour lequel on les exerce chaque jour.

Ce régiment Kornilof, auquel je me suis joint, a été formé en juin 1917, sur l’initiative de Kornilof, par un officier du plus beau dévouement, le capitaine Negentzof. Sa formation fut une protestation contre les désordres qu’occasionnaient dans l’armée les agitations des Bolcheviks et les décrets du gouvernement provisoire.

Qu’on le sache bien : la célèbre avance de l’armée russe en Galicie dans la direction de Kaloucht et Galitch fut l’œuvre non des misérables bandes révolutionnaires, — comme une presse trop docile a voulu le faire croire, — mais presque exclusivement de deux corps qui avaient gardé l’ancienne discipline : la Division sauvage et les deux Bataillons d’attaque Kornilof. Je ne veux pas récapituler ici les indicibles complaisances militaires et lâchetés politiques, auxquelles j’ai assisté en juillet 1917. Je mentionne uniquement ce fait peu connu : le général Tcheremissof, commandant le 12e corps d’armée auquel furent adjoints les Bataillons Kornilof et la Division sauvage, refusa la moindre citation aux officiers et soldats, qui venaient d’assurer son succès militaire, tandis qu’il décorait à tour de bras les troupes chères à Kerensky. Une enquête fut ouverte : Kornilof décora de sa main chaque officier et chaque soldat ayant pris part à l’assaut.

Le gouvernement provisoire voyait d’un mauvais œil ce superbe régiment ; c’est pourquoi, et bien que les circonstances eussent exigé la formation d’unités semblables, Kornilof, tout commandant en chef qu’il était, n’osa pas permettre à Negentzof d’organiser de nouveaux corps sur le même modèle. La révolution russe aura donc été jusqu’à la fin une série ininterrompue d’hésitations et de défaillances. Au moment où Kornilof eut le plus besoin de troupes sûres, il ne trouva, — et cela par sa propre faute, — que le régiment de Negentzof et celui des Tékintsi. Kornilof, cœur de lion et esprit faible, abandonné par ses armées, dut se rendre. Son régiment fut rattaché au corps tchèque à Petchanovka, et, à la fin d’octobre, envoyé par le gouvernement provisoire à Kief, pour y tenir tête à la fois aux Bolcheviks et aux Ukrainiens. A Kief, ou il arriva le 29 octobre, Negentzof fut bientôt tiraillé entre les deux partis qui se disputaient la suprématie en Ukraine. Ne