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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/791

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hauteurs, sur un moulin, dans un clocher. C’est là que nous avons trouvé ce pope qui tirait sur nous…

— Vous êtes sûrs qu’il tirait sur vous ?

— Dame ! Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire auprès d’une mitrailleuse ?

— Ce qu’il faisait ? Il suivait les troupes on campagne : c’était son droit.

— Jamais je n’admettrai qu’un prêtre ait le droit de se trouver parmi les forces combattantes.

— Pourquoi pas ? tant qu’il y aura des hommes pour craindre d’être damnés, s’ils ne reçoivent, à l’article de la mort, les secours de la religion…

Berg éclate de rire.

— Oui, je sais, il existe de tels imbéciles ! Pour moi, on m’a, pendant trente ans, présenté non seulement la croix, mais le knout, et les chaînes. Maintenant c’est fini : personne ne m’y prendra plus… Figurez-vous que ce prêtre, que nous avons pris dans le clocher, dès que je le fis mettre au mur, éleva devant moi une grande croix d’argent et me menaça du Jugement dernier… Sa croix ! Je lui ai flanqué, au travers, une balle qui est allée lui fracasser la cervelle. Ensuite j’ai fait fusiller un paquet de huit officiers tombés entre nos mains… Il est rare que nous fassions des prisonniers.

— Vous ne redoutez pas les représailles ? Si un jour vous venez à ne pas être les plus forts…

— Le sacrifice de ma vie est fait. J’ai deux devises : « Nach einem traurigen Leben, ein muthiger Tod [1], » et « Gieb jnir nicht ein Kreuz, gieb mir nur einen roten Sarg [2]. » et pourtant j’ai connu de beaux moments. J’ai eu en Finlande des auditoires de 30 000 personnes, qui m’ont acclamé. Du délire, je vous dis !… Et les belles attaques que j’ai conduites ! Chez nous les chefs ne sont pas imposés aux hommes, ils sont choisis par les hommes. Nous nous sommes vus au danger, mes hommes et moi : s’ils m’ont choisi et s’ils me gardent, c’est qu’ils savent que je charge à leur tête, revolver au poing, et que, s’ils meurent, ils seront vengés… Et ce furieux assaut d’un train blindé près de Moscou ! C’était beau à voir. 40 pour 100

  1. Après une tristes vie, une mort courageuse.
  2. Ne me donner pas une croix sur ma tombe, donnez-moi seulement un cercueil rouge.