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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/785

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au contraire auraient tous pris parti pour leur ataman, pour Alexeief et Kornilof. Dans ces conditions, le gouvernement du Don disloque les régiments dès leur retour du front, renvoie les hommes chez eux dans les stanitzas pour y respirer l’air du pays et, quelque temps après, les verse dans de nouvelles formations, où ils sont soumis dès le début à une discipline très stricte.

Justement, un « commissaire » des Cosaques doit partir aujourd’hui par train spécial, avec ses secrétaires et quelques officiers, pour Nowo-Tcherkask. Il m’accorde un coupé dans son wagon-lit. Le ton qu’il affecte vis-à-vis des officiers, les propos qu’il tient sur leur compte, sont d’une suprême inconvenance.

A deux heures après-midi, une dépêche annonce que : « la gare et la ville d’Alexandrovsk ont été occupées par les Bolcheviks, qui ont installé deux canons sur le pont, et une vingtaine de mitrailleuses pour garder le passage du Dniepr. Les Bolcheviks, nombreux et bien armés, seraient décidés à désarmer tous les Cosaques en route pour le Don. »

Le commissaire décide que son train, où je viens de m’installer si confortablement, retournera à Kief. Les Cosaques continuent leur route vers le Don, par échelons, partie en chemin de fer et partie à cheval : j’irai avec eux. Deux échelons du 11e régiment sont à ce moment en gare : je me présente au colonel, qui m’admet avec empressement, et je prends place avec les officiers du premier échelon dans un wagon de troisième classe.

Une grave question reste à régler. Le passage d’un fleuve large et profond comme le Dniepr n’est pas une opération commode : nous risquons d’être attaqués par les bandes de maximalistes qui courent le pays. Le chef du régiment envoie donc en avant le « docteur, » avec mission de nous renseigner sur les conditions dans lesquelles se présente ce passage, seule difficulté sérieuse que puissent rencontrer 500 cavaliers bien armés, munis de mitrailleuses.

Ce docteur, un juif très débrouillard, est constamment employé pour ces besognes moitié d’éclaireur et moitié d’espion, qui exigent non seulement de l’adresse, mais du courage. Pourtant les officiers m’assurent qu’au feu il n’est guère brave. Ce mélange de courage et de couardise étonne d’abord ; mais